Sacré(e) Katalina !

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Les parents de Jean-Marc Abadie, en provenance de la Bigorre, débarquent, avec leurs quatre premiers enfants, au Pays basque au tout début des années soixante. Ayant grandi à Bayonne, c'est par le chant basque qu'il décide de devenir basque et commence à apprendre la langue des autochtones. Militant culturel et politique, il pense que l'écriture est une vraie arme littéraire. Co-fondateur de l'hebdomadaire Ekaitza au milieu des années 80, puis du trimestriel bayonnais Kutzu de 1992 à 2006, il rédige une chronique mensuelle sur Enbata depuis janvier 2012.
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SacréeKatalinaRemarquable initiative : une pastorale crée à Bayonne par les souletins de Bayonne. Voici le personnage central, Katalina de Erauso, femme aventurière du XVIIe siècle au destin peu commun. Le 5 juin, la salle Lauga dressera les tréteaux de cet original théâtre populaire.

Elle n’a plus mal aux dents depuis longtemps et pourtant elle resurgit de la mémoire collective du peuple basque par à coups. Au départ il y a l’histoire de la “monja-alferez”, écrite par “Doña Catalina de Erauso” elle même en 1626 ; sa plus ancienne copie manuscrite connue date de 1794 et sa première édition est réalisée par Don Joaquim Maria de Ferrer en 1830. S’en suivirent plusieurs écrits : de l’écrivain britannique Thomas de Quincey en 1847 au poète français José Maria de Heredia en mars 1894, jusqu’au franco cubain Eduardo Manet avec son roman La Conquistadora en 2006 (Editions Robert Laffont).

En l’an de grâce 2016, des femmes souletines, sûrement boostées par l’air marin de la province du Labourd dans laquelle elles se sont installées, se sont enhardies à mettre en scène Katalina de Erauso y Perez Galarraga au travers d’une pastorale qui sera jouée loin de la patrie de Matalas(1).

Il faut dire que l’on prête à ce personnage une vie hors du commun qui, sans nul doute, reste encore empreinte, cinq siècles plus tard, de nombre de questions restées sans réponse.

Engagez vous qu’elle disait !

Il faut dire qu’elle n’a rien fait pour aider les biographes, en s’adjugeant plusieurs identités de Pedro de Orive à Francisco de Loyola ou de Antonio de Erauso à Alonzo Diaz Ramirez de Guzman. Certains émettant  l’hypothèse qu’une bizkaienne aurait usurpé l’identité de Katalina de Erauso, ce qui rajoute encore du mystère à cette si singulière existence.

Même ses dates de naissance et de mort sont sujettes à caution. Elle serait née en 1585 ou 1592 à Donostia et aurait passé l’arme à gauche au Mexique (ex Nouvelle Espagne) en 1650 ou 1652. Reste son périple qui prend
essence au couvent dominicain de Donostia dans lequel elle a été placée de l’âge de 4 ou 5 ans afin d’y être élevée selon les règles du catholicisme.

Du fait de son caractère explosif,
elle fut envoyée au monastère San Bartolomé
d’où elle s’échappa à ses 15 ans déguisée en homme.
Elle embarqua dans un navire
avec d’autres basques
pour gagner l’Amérique du sud.
C’est le début d’un long périple
en tant que soldat de l’armée espagnole…

Hypospadique hermaphrodite ?

Du fait de son caractère explosif, elle fut envoyée au monastère San Bartolomé d’où elle s’échappa à ses 15 ans déguisé en homme.

Elle embarqua dans un navire avec d’autres basques pour gagner l’Amérique du sud. C’est le début d’un long périple en tant que soldat de l’armée espagnole. Elle combattit au Chili contre les indiens Mapuches où elle acquit une réputation de soldat courageux, de joueur et de bagarreur. On lui prête la mort de douzaines d’hommes. Bien que condamnée à mort plusieurs fois, elle parvient à fuir le Chili pour ce qui est aujourd’hui l’Argentine, la Bolivie et le Pérou. Après un duel où elle tue un homme, elle est gravement blessée.

C’est à partir de là qu’on la découvre femme et qu’elle confesse son sexe à l’évêque.

En 1624 elle repart en Europe pour rejoindre l’Italie où elle obtient une notoriété telle qu’elle obtient du Pape Urbain VIII une dispense spéciale l’autorisant à porter des vêtements masculins du fait d’une virginité constatée…

Elle avait soif de liberté et a fait le choix d’une vie habillée en homme dans le but de se protéger. Ne supportant pas le regard des gens, elle retourna au Mexique où elle terminera sa vie comme aubergiste et muletier. Au delà d’une théorie sur le genre, son histoire résonne aujourd’hui sur la possibilité pour une femme de s’émanciper d’une vie toute tracée.

(1) Curé souletin, Beñat Goihenetxe, allias Matalas, mena une rébellion populaire qui embrasa la Soule en 1661 sous le règne de Louis XIV.

Katalina de Erauso

Dimanche 5 juin, 15h30, salle Lauga, Bayonne.
10h30 : Départ du défilé du quartier St-Esprit avec les danseurs de Sahatsa (Azkoitia /Azpeitia) et d’Orai bat (Baiona). Sur le parcours, choeurs de femmes Buhaminak et d’hommes Haiz’egoa. Quartier Lauga : Repas et talo.
Samedi 3 septembre, 18h, théâtre Victoria Eugenia, Donostia.
Auteur : Maite Berrogain
Errejentak : Pantxika Urruty et Maitena Lapeyre
Président de l’association : Jean-Marie Etxart
Chef de choeur et compositrice : Sophie Larrandaburu
Textes des chants : Guillaume Irigoyen
Chant final : Latxikana (Pierre Rousseu)
Responsable musiciens : Jean Laphitz
Responsable danseurs : Johane Etchebest
Responsable couturières : Jasone Salaberria
Responsable Sahatsa : Juan Luis Lizabe

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