Salut Patrick!

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Les parents de Jean-Marc Abadie, en provenance de la Bigorre, débarquent, avec leurs quatre premiers enfants, au Pays basque au tout début des années soixante. Ayant grandi à Bayonne, c'est par le chant basque qu'il décide de devenir basque et commence à apprendre la langue des autochtones. Militant culturel et politique, il pense que l'écriture est une vraie arme littéraire. Co-fondateur de l'hebdomadaire Ekaitza au milieu des années 80, puis du trimestriel bayonnais Kutzu de 1992 à 2006, il rédige une chronique mensuelle sur Enbata depuis janvier 2012.
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FrantxeIzar berri bat piztu da Euskal Herriko zeru gainean !

Les gens ont des étoiles qui ne sont pas les mêmes. Pour les uns, qui voyagent, les étoiles sont des guides. Pour d’autres elles ne sont rien que de petites lumières.  Pour d’autres qui sont savants elles sont des problèmes. Pour mon businesman, elles étaient de l’or. Mais toutes ces étoiles-là, elles se taisent.Vous, vous aurez des étoiles comme personne n’en a…

Que veux tu dire ?

Quand vous regarderez le ciel, la nuit, puisque j’habiterai dans l’une d’elles, puisque je rirai dans l’une d’elles,

Alors ce sera pour vous comme si riaient toutes les étoiles.

Vous aurez vous des étoiles qui savent rire. Et il rit encore.

Et quand vous serez consolés (on se console toujours) vous serez contents de m’avoir connu. Vous serez toujours mes amis. Vous aurez envie de rire avec moi. Et parfois, vous ouvrirez votre fenêtre, comme ça, pour le plaisir…

Et vos amis seront bien étonnés de vous voir rire en regardant le ciel.

Alors vous leur direz : oui les étoiles cela nous fait toujours rire ! Et ils vous croiront fous. Et je vous aurai joué un bien vilain tour !

Patrick, tu as rejoint dans les étoiles Monika I., Maddi G. et bien d’autres que nous chérissons tant. Tu étais plus que notre petit prince. Tu étais notre barde que l’on n’a jamais bâillonné en haut d’un arbre ! Tu les aimais trop les arbres pour être enchaîné à eux. Toi le plus paysan des citadins bayonnais, amoureux de la faune, passionné de la flore.

Accroché à Kuria à Arneguy comme tes doigts sur une guitare, comme un samedi matin à Baionan kantuz.

Comme tu aimais les chansons et les poètes : Brassens et Imanol, Ferré et Itoiz, Boby Lapointe ou Laboa. Et les moments de fêtes entre potes avec ton tempérament tourné vers la convivialité, la rigolade, le bon vin et surtout le patxaran et le patxaka que tu confectionnais à merveille et qui faisaient le délice de nos papilles gustatives. Notamment dans la Cave, ce haut lieu gastronomique et festif inconnu du guide Michelin et que tu as, quasiment seul, creusé et aménagé, sous cet immeuble hérité de tes grands parents, au coeur du vieux Bayonne.

C’était au moins aussi bien que chez Laurette !

Ce n’est pas pour rien qu’un jour tu fus le centre d’une grande circonspection collective autour des différences sémantiques entre “un épicurien” et “un hédoniste” . L’exercice de la moquerie auquel tu te prêtais régulièrement n’étais jamais méchant. Parce que ta capacité à l’autodérision était largement au dessus de la moyenne. On revoit tous ta tête, dépité envers toi même, après avoir sorti la plus grosse des bêtises.

C’était un peu ton côté libertaire. Comme s’il fallait conjurer la fatalité, l’irréversibilité de la vie, l’insidieuse faucheuse. Et “ce putain de crabe qui ne te laissera plus de rabe” comme tu l’a écris dans ce merveilleux poème et adressé à Nicolas Bonnemaison à qui tu promettais, la veille de ton départ, d’aller manger la txulette sur les hauteurs d’Arneguy.

Après ta scolarité bayonnaise et un an en véto à Bordeaux où tu as dû sûrement faire plus honneur à Bacchus qu’à ces études, tu t’exilas à Paris dans un centre de tri à la poste, travaillant la nuit pour pouvoir cumuler des journées dans ton pays natal. Pour y revenir définitivement, au bout d’une dizaine d’années, en expert du tarot avec une volonté militante de faire vivre la lutte syndicale au travers du syndicat Sud PTT dont tu es le cofondateur en Pays Basque Nord.

Ta passion des montagnes, du vélo, du footing ou du ski n’avait d’égale que celle que tu consacrais à la cigarette que tu ne manquais pas d’honorer, aussitôt après l’effort. Comme les femmes que tu sublimais. C’est vraiment un sujet sur lequel tu aimais t’étendre. C’était un peu ton côté libertin. Tu avais de fortes convictions, mais les partager n’était pas un préalable pour s’apprécier. On oublierait presque, tellement cela paraît naturel pour nous, ton engagement en tant qu’abertzale, et ce Pays basque chevillé au corps dont tu connaissais les moindres méandres, en Iparralde comme en Hegoalde. Ce qui ne t’empêchait pas de porter un regard curieux et accueillant sur tout ce qui venait d’ailleurs.

Que dire de ton amour de notre belle langue basque si maltraitée par cet état jacobin, que tu as su transmettre, avec Kattalin, à tes enfants grâce à l’ikastola.

Ce samedi 16 janvier, pour ton omenaldi civil bayonnais, le ciel, jusqu’alors si sombre et tourmenté, nous a offert le bleu éclatant de tes yeux, rendant notre peine sereine comme pour mieux t’enlacer et t’emporter sous les quatre vents. Et pour la première fois de l’hiver, le soleil inondait tes montagnes enneigées !

Après avoir utilisé les mots de Saint-Exupery pour son Petit Prince, voici ceux de Paul Eluard, quelque peu revisités pour toi, Frantxe :

Un homme est mort qui n’avait pour défense
Que ses bras ouverts à la vie.
Un poète est mort qui n’avait d’autre route
Que celle où l’on hait les fusils.
Un abertzale est mort qui pensait la lutte
Contre la haine, contre l’oubli.
Car tout ce qu’il voulait
Nous le voulions aussi,
Et le voulons encore aujourd’hui
Que le bonheur et la justice soient la lumière
Au fond de ses yeux, au fond de nos coeurs
Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot Amitié, le mot confiance
Et les mots Amour et Liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et le nom de notre pays, et certains noms de villages
Et les noms de chaque femme aimée et ceux de tant d’ami(e)s
Ajoutons-y Frantxe.
Frantxe est mort pour ce qui nous fait vivre
Gardons-le, seul son corps est parti
Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux.
Soyons-nous, dans son regard brillant.

Le 13 décembre, tôt le matin, Patrick Franchessena, 57 ans, bayonnais et abertzale de toujours, s’en est allé. L’équipe d’Enbata assure Amatxi Janine, Maialen, Maider et Mikel ses enfants et leur conjoints, Kiki sa soeur, Pantxika sa compagne et tous ses ami(e)s, de son sincère et fraternel soutien.

2 Commentaires

  1. nogues serge
    Publié le 01/02/2016 à 14:34 | Permalien

    un joli et vibrant hommage a été rendu, à l’ami Frantxe, le samedi 16 janvier, dans la salle des « chérubinots » par tous ceux, qui l’ont connu et aimé , un peu, beaucoup, passionnément, à la folie.. qu’il repose en paix. En tous les cas, dans nos mémoires et nos coeurs, il restera. Agur Frantxe !

  2. Jean Marc Abadie
    Publié le 09/02/2016 à 16:35 | Permalien

    Merci Serge pour ton témoignage. Cet omenaldi civil a été à son image. De l’émotion, de l’humour et du festif !
    Petite erreur toutefois en fin d’article en lieu et place du 13 décembre, il fallait lire le 13 janvier.

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