Un paysan en campagne… électorale

Vue de la vallée des Aldudes, qui a su solliciter ses habitants en revalorisant les bâtis existants tout en préservant la terre nourricière.

Victimes de l’urbanisation, les fermes disparaissent une à une. Une situation que les conseils municipaux devraient prendre en main afin d’assurer à leurs habitants des logements tout en renforçant leur  souveraineté alimentaire.

Les dernières élections municipales étaient une première pour le paysan que je suis puisque je m’engageais dans une liste à Irisarri. L’occasion d’échanger avec les villageois autour de beaucoup de thématiques variées et intéressantes. J’ai voulu aussi apporter, à ma petite échelle, les problématiques d’un secteur professionnel que je connais bien : l’agriculture. Mon sentiment a très vite été double : d’un côté, une satisfaction de voir beaucoup de personnes conscientes des difficultés rencontrées par la profession, et d’un autre le regret que des personnes soient loin de s’approprier l’importance de préserver ce secteur.

Lutter contre l’urbanisation à outrance
Le constat est malheureusement simple : cela fait des décennies que les paysans disparaissent les uns après les autres dans une certaine indifférence ou une fatalité devenue normale. En 30 ans, Irisarri a perdu 40 % de ses fermes : c’est la tendance dans tous les villages, qui voient disparaître en peu de temps la moitié de leurs agriculteurs. Cependant, si une commune n’a malheureusement pas beaucoup de pouvoir pour arrêter cette érosion, un conseil municipal peut tout de même agir et influer, notamment en matière d’urbanisme !

Il est désormais reconnu que l’urbanisation à outrance d’un village porte tort à l’agriculture qui gravite autour. Nos élus locaux travaillent à la CAPB, à travers le SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale) sur les grandes orientations du développement d’un territoire, en organisant les espaces de vie et en émettant un document d’urbanisme (PLUI).

Si une commune n’a pas beaucoup de pouvoir pour arrêter la disparition de ses fermes, un conseil municipal peut tout de même agir et influer, notamment en matière d’urbanisme !

Au fil des années, un consensus a été trouvé entre tous pour limiter l’artificialisation des terres agricoles. Il est ainsi préconisé de densifier les futures habitations autour des bourgs en évitant de construire en périphérie des villages.

Des décisions incohérentes 

A Irisarri, les dernières décisions ont été prises en contradiction avec ces préconisations : en 2010, la commune achetait 1,40 ha de prairie à Kukaine en vue d’y faire un lotissement. Les travaux d’aménagement n’ont débuté que récemment et j’avoue n’avoir pas suivi moi-même les évolutions de ce projet. Mais quelle ne fut pas ma surprise en lisant le rapport d’enquête publique préalable au PLUI ! La commission d’enquête pointe en ce qui nous concerne que « l’inertie de ce type d’aménagement est telle que lorsqu’il peut se réaliser, les stratégies territoriales ont pu complètement changer et rendre le projet non cohérent ». De mal en pis, j’apprends aussi que des tractations ont lieu en secret avec le propriétaire d’un champ voisin du futur lotissement Kukaine pour y construire encore plus de logements ! L’achat par la commune n’est pas encore finalisé mais ce terrain a déjà été classé comme « constructible » dans le nouveau PLUI. Les choses sont faites à l’envers et dans la plus grande opacité ! Ceci dit, la même commission propose dans la même logique de repousser ce nouveau projet afin d’étudier d’autres opportunités de logement en cohérence avec les orientations du SCOT, « tout en exposant ce projet aux yeux de la population ».
Dans l’enquête publique, la chambre d’agriculture et la DDTM ont apporté leurs contributions et leurs réserves, arguant que ce projet « va impacter un secteur profondément agricole ». On y évoque également son impact très négatif au niveau environnemental !

Loger et nourrir les habitants

Un nouveau conseil municipal est désormais en place depuis mars : quelles seront les orientations prises ? Pour qu’un projet soit accepté par la population, il faut de la communication et de la concertation : y aura-t-il une réflexion avec les villageois ? Il nous faudra trouver des solutions pour loger la population locale, mais on devra aussi la nourrir et renforcer notre souveraineté alimentaire avec des paysans nombreux dans nos villages ! J’aime regarder des initiatives comme celle de la vallée des Aldudes, qui a su solliciter ses habitants en revalorisant les bâtis existants tout en préservant la terre nourricière.
Sur ces réflexions, je retourne à ma vraie campagne en étant optimiste sur notre capacité à trouver ensemble des solutions où tout le monde sortira gagnant !

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