De Lemoniz à Fukushima en passant par Tchernobil, merci ETA

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Elle n’a jamais fonctionné et son gigantesque chantier bétonné gît aujourd’hui entre Bilbao et Bermeo, à deux pas de la presqu’île mythique de Gaztelugatxe. Souvenez-vous. En 1972, le gouvernement espagnol décide la construction d’une centrale nucléaire en Pays Basque. Deux réacteurs de 930 mégawatts chacun doivent être installés pour produire 70% de l’électricité de la région. Les manifestations politiques contre ce projet sont immenses. Fin août 1976, 50.000 personnes défilent entre Plentzia et Gorliz. Le 14 juillet 1977, 150.000 personnes manifestent à Bilbao. Les autorités n’en ont cure. Que la centrale nucléaire de Lemoniz se trouve en pleine réserve naturelle avec une faune marine fragile, peu lui importe.
Le 18 décembre 1977, ETA passe à l’action. Il attaque l’immense caserne de la guardia civil qui surveille le chantier de la centrale. Le militant basque David Alvarez meurt dans la fusillade. ETA parvient à placer le 17 mars 1978 une bombe dans le bâtiment qui abritera le réacteur. Deux ouvriers, Andrés Guerra et Alberto Negro trouvent la mort. Le 3 juin 1979, Gladys del Estal meurt sous les coups de la garde civile lors d’une manifestation à Tudela. ETA fait exploser le 13 juin1979 une bombe dans la future salle des turbines, le salarié Angel Baños est tué. Le 29 janvier 1981, ETA enlève l’ingénieur en chef chargé de la construction de la centrale nucléaire, José Maria Ryan et donne une semaine au gouvernement pour abandonner le projet. De grandes manifestations ont lieu pour la libération de l’otage, les autorités espagnoles ne bougent pas et le 6 février, José Maria Ryan est tué. Le 5 mai 1982, Angel Pascual Mugica, directeur de la nouvelle entreprise chargée d’achever la centrale nucléaire, est assassiné à son tour.
En 1984, le gouvernement socialiste espagnol décide d’un moratoire sur la construction de la centrale nucléaire de Lemoniz. Il faudra attendre 1994, pour qu’il renonce définitivement. Quasiment terminée hormis l’installation du combustible, elle ne fonctionnera jamais. Les trois autres projets de constructions nucléaires, à Deva, Ea et Tu-dela sont également abandonnés. L’affaire aurait coûté au constructeur 5,8 milliards d’euros.
Aujourd’hui, à 20 kilomètres de Bilbao, tout est figé: un univers gris de cité soviétique à la Orwell, un mastodonte de friche industrielle avec ses 1.000 tonnes de métal et ses 200.000 m3 de béton armé, entouré de fil de fer barbelés, au bord de la mer. Les dômes des réacteurs nucléaires sont vides. Dans cette ville morte, seuls le vent, la rumeur des vagues, le cri des mouettes.
Pour avoir été si critiques, voire très durs, depuis 1995 dans ce journal, à l’égard d’Euskadi Ta Askatasuna, nous disons aujourd’hui que grace à ETA nous et nos enfants vivons sans risque nuclèaire de proximité.

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