Souveraineté flamande sans violence

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Victoire électorale des indépendantistes flamands lors des législatives de dimanche dernier 13 juin en Belgique. L’affaire agite le banc et l’arrière- banc des politologues non par la découverte de la fragilité de l’unité de l’Etat belge, mais par l’ampleur de cette poussée flamande créditée de 45% de l’électorat néerlandophone, 30% revenant à la Nievw-Vlaams Alliante (N-VA), 12,7% au parti d’extrême droite Vlaams Belang et 3,7% à la liste De Decker. Ce score est sans précédant et lourd de conséquence pour l’avenir. Or la Flandre compte six millions des dix millions d’habitants de l’Etat fédéral belge. Avec 27 élus sur les 150 que compte la Chambre des députés, le N-VA devient le plus grand parti du royaume.
Certains observateurs français continuent à raisonner d’une manière classique en supputant la constitution d’un nouveau gouvernement central sur la base d’alliance des contraires entre socialistes wallons, arrivés largement en tête dans leur région, et les flamands du N-VA allant jusqu’à imaginer que leur jeune leader de 39 ans, Bart De Wever, pourrait être le prochain Premier ministre du Roi. Ils ont vite déchanté car, bien sûr les nationalistes flamands n’entendent pas participer, et encore moins gérer l’unité d’une Belgique qu’ils veulent au contraire voir “s’évaporer”.
Ce qui surprend le plus ceux qui redoutent le fin de l’Etat-nation belge, né artificiellement en 1830, c’est la tranquille assurance du mouvement flamand dominant sa victoire. Dans son discours de victoire, Bart de Wever dit “tendre la main aux francophones afin de négocier un grand accord” pour le pays. L’éclatement de la Belgique est cer-tes programmée à terme, mais pour l’heure il s’agit de transformer la Fédération en Confédération des deux communautés linguistiques. Cette étape constitutionnelle déboucherait sur le statut d’Etat indépendant dans l’Union européenne. Du coup, ce divorce à l’amiable apparaît hautement civilisé et donc acceptable par toutes les bonnes consciences. La rupture, tant redoutée et depuis longtemps inscrite dans la vie politique, entre Wallons et Flamands peut donc s’opérer sans violence par la seule grace du suffrage universel et la maturité civique des uns et des autres. On arrive insensiblement à l’épilogue pacifique déjà opéré il y a peu entre Tchèques et Slovaques. L’Union européenne, tout en demeurant territorialement la même, s’ouvrira à un nouveau partenaire, la Flandre.
La victoire électorale flamande de diman-che ouvre désormais d’une manière évidente cette mutation pacifique géopolitique, susceptible de modifier de l’intérieur l’Union européenne. Car chacun voit déjà se profiler derrière les précédents tchécoslovaques hier et aujourd’hui belge, les aspirations indépendantistes écossaises et catalanes. L’implosion de l’Empire soviètique avait déjà permis la renaissance des trois nations baltes qui ont su dépasser leurs indépendances formelles par leur épanouissement dans l’Union européenne. Les tenants de l’immobilité de la carte des Etats-nations forgée par les guerres opposaient le drame yougoslave à nos velléités d’indépendances des peuples de ce continent. Or, voilà que la carte des nations continue de se modifier sans violence, par la seule vertu de la démocratie pour peu que les Etats centraux la respectent.