Construire une majorité progressiste en Pays Basque nord

PrintFriendly and PDF
Txetx Etcheverry
Txetx Etcheverry
Animateur de la Fondation Manu Robles-Arangiz en Pays Basque nord, impliqué dans différentes alternatives sociales et écologiques locales et dynamiques de construction nationale basque.
D'autres articles

Maiana1L’évolution du mouvement abertzale, sa maturation politique, a rendu possible -de son côté- la construction d’une majorité progressiste en Pays Basque nord. Les alliances des prochains scrutins ne se construiront pas sur des positions ou des promesses adoptées entre deux tours, mais bien sur les positions et les actes posés dans les années qui les auront précédé.

Les abertzale ont décidé de peser de toutes leurs forces sur les seconds tours. Cette évolution politique est un fait notable, qui aura des conséquences bien avant le prochain scrutin électoral. Elle dénote une maturité et une liberté politique qui démultipliera désormais l’influence des abertzale sur la vie politique d’Iparralde.

Quand un mouvement pèse 5 à 10 % des voix (en moyenne, donc avec des pointes de 20 voire 30 % par endroits), il acquiert déjà une certaine influence politique. Mais il ne pèsera que de manière limitée s’il ne peut utiliser ce potentiel entre les 2 tours, et n’est pas capable de consignes claires et suivies, voire d’alliances en perspective du second tour.

Les grands partis se contenteront alors de « draguer » ses électeurs entre les deux tours, et ne changeront rien ou peu de choses dans leur comportement et leurs positions habituelles entre deux élections.

Imaginons par contre que ce même mouvement soit capable de porter ces 5 à 10 % de voix sur tel ou tel camp, ou contre tel ou tel camp, en fonction des positions ou des engagements de ce dernier. Cela peut se traduire selon la situation par des alliances, appels à voter pour ou contre, ou encore des maintiens de listes au second tour. Dans ce cas là, le mode de scrutin aidant, celui qui vise à gagner, donc à dépasser 50%, aura dès lors ce mouvement comme partenaire incontournable, ou comme adversaire redoutable.

Dans ce cas de figure, les 5 à 10% valent bien plus que cela, plus que le double même, ils ont une valeur qualitative énorme, ils deviennent la clef de la victoire ou de l’échec.

Avoir cette maturité et cette liberté n’est pas donné à tout le monde. Cela peut créer chez certains des contradictions internes insurmontables chez leurs militant-e-s, chez d’autres cela peut n’être suivi d’aucun effet par l’électorat . Cela dépend bien évidemment du contexte et des autres forces politiques en présence (sans différence ou nuance entre elles, aucune préférence ou aucun rejet prioritaire ne sera possible).

Au début, une telle approche froidement tactique est compliquée à mettre en place, souvent douloureux. Les militant-e-s doivent gérer des dilemmes compliqués, certaines parties de l’électorat ont du mal à assumer la tactique en question. Mais peu à peu, avec le temps et l’expérience, la tactique est de mieux en mieux comprise, de plus en plus facilement intégrée, et du même coup de plus en plus suivie et donc efficace.

Dès lors, même un mouvement ne pesant que 10 % en moyenne devient une force considérable de transformation de la société, du territoire sur lequel il agit. Il fait même évoluer les autres forces politiques, leurs positions externes, leurs rapports de forces internes. Ce faisant, il rend possible des alliances et des partenariats qui ne l’étaient pas auparavant.

C’est un progrès tactique considérable, reste à bien clarifier au service de quelle stratégie le mettre.

Relever les défis

A mes yeux de militant de gauche abertzale, la stratégie consiste à construire avec d’autres forces et secteurs une majorité progressiste en Pays Basque nord. Les défis auxquels nous avons à faire face, de l’urgence des mesures à mettre en œuvre pour la survie et le développement de l’euskara au calendrier climatique et écologique en passant par la question foncière, ne nous laissent aucunement le temps de devenir nous mêmes et nous seuls majoritaires. Répondre à temps à ces défis passe donc par une stratégie d’alliance, claire et déterminée.

Construire une majorité progressiste en Pays Basque nord devra se faire en tissant des alliances avec les forces et les personnes abertzalo-compatibles, donc non jacobines, et critiques face au néo-libéralisme et au productivisme.

Sur Hendaye, Urrugne ou Ciboure, la semaine du 23 au 30 mars a dessiné les contours que peuvent revêtir de telles alliances, de telles majorités actuelles ou à venir (les portes ne s’ouvrent pas toujours au premier coup de bélier). A contrario, sur Bayonne et Anglet, on a pu observer au cours de la même semaine quels étaient les ingrédients qui rendent impossible la construction de ces majorités progressistes.

L’évolution du mouvement abertzale, sa maturation politique, a rendu possible -de son côté- la construction d’une majorité progressiste en Pays Basque nord. Certains des secteurs ou des dirigeants avec lesquels il peut mettre en place de telles alliances n’ont quand à eux pas évolué -voir ont régressé- sur les points clefs qui les permettraient.

L’heure peut-être aux rancoeurs et aux désirs de revanche. On ne fera dès lors que mieux préparer les futures défaites… Ou le moment peut être celui de tirer les leçons de ce qui vient de se passer en Pays Basque nord à l’occasion de ces municipales 2014. Et de préparer ainsi les futures victoires. Les alliances des prochains scrutins ne se construiront pas sur des positions ou des promesses adoptées entre deux tours, mais bien sur les positions et les actes posés dans les années qui les auront précédé.

3 Commentaires

  1. Etazer
    Publié le 12/04/2014 à 13:14 | Permalien

    Bonjour Txetx, je te rejoins dans la quasi totalité de ton argumentation, mais tout de même, lire cela sous ta plume me dérange… Je pense que tu es bien le « Jean-Noel Etxeverry, militant Arrousets » qui figurait dans le comité de soutien de Jean-René Etchegaray, non? Au-delà de l’amitié que tu peux avoir pour lui et certain(e)s de ces acolytes au regard des luttes partagées, tu as tout de même conscience que le millitant de gauche que tu es a fait le choix de soutenir, en franc-tireur ou en esprit libre -retiens ce qui t’arrange-, une liste UMP qui s’est au second tour acoquinée avec une autre liste de droite très très conservatrice ? C’est ton choix et je le respecte, mais je ne suis pas sûr que du coup, trois semaines après les élections, tu sois le plus qualifié pour dire comment créer les majorités ou les convergences.

    • Txetx
      Publié le 12/04/2014 à 16:13 | Permalien

      Arratsalde on Etazer, et bien non, je n’ai rien à voir avec ce Jean-Noël Etxeverry d’Arrousets, j’habite moi même au Petit Bayonne et je ne le connais pas, bien que j’avais effectivement entendu parler de lui. Du coup, j’espère que tu m’accorderas le droit, en tant que chroniqueur habituel d’Enbata et militant de gauche abertzale impliqué au quotidien -depuis plus de 30 ans- dans diverses batailles et chantiers pour la construction d’un Pays Basque plus libre, plus soutenable et plus solidaire, de livrer mon analyse et mes réflexions sur ces élections municipales, ou sur tout autre évènement important marquant la vie du mouvement abertzale. Je t’en remercie par avance. Si la prochaine fois tu as quelque doute que ce soit me concernant, n’hésites pas à prendre le téléphone ou à passer me voir pour m’en parler, ou à m’écrire à l’adresse suivante : [email protected] En tout cas, merci pour le ton apaisé et respectueux de ton interpellation. Izan untsa eta ikus arte, Txetx

      • Etazer
        Publié le 13/04/2014 à 17:08 | Permalien

        Merci d’avoir pris le temps de répondre, cette précision lève toute ambiguité ! Il est bien entendu que tous les Jean-Noel du monde peuvent avoir un avis et le livrer, mais il faut bien deux Jean-Noel Etxeverry pour adopter des positions aussi antagonistes à mes yeux ! Izan ontsa eta berriz, milesker zuri !