Lurzaindia un an plus tard

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Maryse Cachenaut
Maryse Cachenaut
Paysanne à Itxassou, Présidente de Xapata (producteurs de cerises d'Itxassou), Présidente de Lurrama, Membre de Euskal Herriko Laborantza Ganbara et du syndicat Euskal Herriko Laborarien Batsasuna.
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Lurzaindia1Le Groupement Foncier Agricole mutuel Lurra qui a permis pendant 30 ans d’installer ou conforter une vingtaine de paysans s’est transformé en 2013 en SCA Lurzaindia pour renforcer sa capacité d’action. Lurzaindia défend depuis un an un nouveau déploiement foncier agricole au profit de jeunes exploitants dans la philosophie du syndicat ELB.

Début 2013 était crée la SCA (société à commandite par actions) Lurzaindia.

Comme son nom l’indique son objectif est la préservation de la terre. Elle est issue de la transformation du GFA (groupement foncier agricole) mutuel Lurra crée, il y a plus de trente ans, pour acheter collectivement de la terre agricole en faisant appel à la souscription de parts. Le GFA détenait 14 fermes avec 250 ha qui ont permis d’installer ou conforter près d’une vingtaine de paysans. Sa transformation en SCA en 2013 a permis de dépasser quelques limites liées au statut du GFA, comme l’impossibilité pour des personnes morales d’acquérir des parts ou la limite des 300 ha d’acquisition, l’impossibilité d’acheter du bâti, entre autres. C’est ainsi que Herrikoa ou Terre de liens, équivalent de Lurzaindia au niveau Français, ont pris part, dès 2013, au capital de Lurzaindia.

Ce mois de juin 2014 Lurzaindia a tenu son Assemblée générale. L’occasion pour la structure de revenir sur le travail de cette première année de fonctionnement. Deux grands-champs d’action caractérisent Lurzaindia.

LurzaindiaLe premier, dans la continuité du GFA, est l’acquisition de foncier agricole dans la perspective d’accompagner une installation ou de conforter un paysan dans l’impossibilité d’acheter du foncier. Cela s’est concrétisé une fois en 2013, en Soule. Nous pouvons dire, d’ores et déjà, que les perspectives pour 2014 sont beaucoup plus importantes mais sont en cours de négociation. Nous aurons l’occasion d’en reparler prochainement. Ces acquisitions permettront certainement d’être plus qu’un coup de pouce dans le parcours d’installation de jeunes (notamment hors du cadre familial) , dans la mesure où la difficulté d’accès foncier est devenu un véritable facteur d’exclusion dans ce métier !

Lutte contre la spéculation foncière

Le deuxième champ d’action est tout aussi important, puisqu’il s’agit d’éviter la perte de foncier à usage agricole. Or, nous sommes bien conscients qu’on est dans ce cas face à une maladie chronique qui mine le Pays Basque.

Environ 1000 ha perdent chaque année leur usage agricole. L’autre symptôme, tout aussi persistant, est la hausse des prix qui l’accompagne. Agir, pour éviter la perte de vocation agricole est donc un objectif clairement affiché par Lurzaindia dès le début. Comment cela se traduit-il concrètement ? Lorsqu’un bien agricole (bâti et ou terres agricoles) est mis à la vente, Lurzaindia se porte candidat à l’achat en demandant à la SAFER d’exercer son droit de préemption, si le bien en question risque de quitter l’usage agricole ou si le prix notifié est trop élevé, c’est-à-dire déconnecté de toute réalité économique agricole.

La SAFER détient, de par la loi, le droit d’intervenir dans ces deux situations, mais ne l’exerce pas toujours faute de candidat prêt à s’engager. En effet, la SAFER se prémunit financièrement en demandant une importante caution au candidat demandeur de la préemption.

Il faut éviter la perte de foncier à usage agricole.
Nous sommes bien conscients qu’on est, dans ce cas,
face une maladie chronique qui mine le Pays Basque.
Environ 1.000 ha perdent leur usage agricole chaque année.

C’est ainsi qu’en 2013, Lurzaindia est intervenu sur près de 80 ha mis en vente pour se porter candidat et demander une préemption (avec une révision de prix sur une partie).

Le vendeur peut alors retirer le bien de la vente, mais Lurzaindia aura réussi à casser plusieurs ventes spéculatives. On ne peut certes pas prétendre avoir réussi à moraliser le marché du foncier agricole au Pays Basque, mais tout de même, il est certain que la présence, et la réactivité de Lurzaindia en 2013 sur ce terrain a eu ses effets concrets. Les prix auront été révisés à la baisse de 18 à 73% dans les cas où elle est intervenue.

Motivée et forte de cette première année de travail et d’actions concrètes, à effet immédiat, Lurzaindia entend poursuivre son développement et compte sur la contribution de ses concitoyens, élus, acteurs économiques pour renforcer son travail en achetant des actions (voir www.lurzaindia.eu).

L’outil est là, il fonctionne, et sa gérance collective, détenue par des représentants issus du syndicat ELB, de la fédération Arrapitz, d’Euskal Herriko Laborantza Ganbara et de l’Inter Amap Pays Basque, garantit le respect de sa mission : que la terre nourricière devienne un bien collectif à tout jamais sorti du marché spéculatif !