Au-delà des étiquettes

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Jean-Louis Davant
Jean-Louis Davant
Enseignant agricole à la retraite, écrivain, membre de l'Académie de la Langue Basque, co-fondateur d'Enbata et d'EHAS.
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AutogestionJe salue sans réserve la victoire de Michel Etchebest à la mairie de Mauléon-Licharre et celle de Jean-René Etchégaray à la mairie de Bayonne. Ces deux basquisants d’inspiration centriste ont gagné sans le soutien des abertzale officiels, peut-être même malgré ceux-ci. L’on voit une fois de plus la difficulté du mouvement basque à se situer sur la scène politique française, et c’est normal, car celle-ci n’est pas faite pour entendre notre voix, mais pour nous faire taire, en dernier ressort en nous phagocytant.

Que faire ? D’abord bien savoir ce que nous voulons et relire nos fondamentaux. Ensuite regarder au-delà des étiquettes. Comme dans les grands magasins, elles servent surtout à cacher la réalité. Souvent la marchandise est frelatée, en tout cas bien différente de celle annoncée. La gauche qui s’affiche est-elle bien la gauche réelle ? La gauche officielle est-elle encore le parti du mouvement ? N’y voit-on pas plutôt un mélange de gauchisme totalement idéaliste et de conservatisme d’Etat, celui-ci ayant toujours le dernier mot? Pour la partie dominante de la gauche française, l’initiative appartient à l’Etat et à la loi. De ce fait beaucoup de citoyens attendent tout d’en haut, passivement : donc inutile par exemple de se syndiquer. Mais ce n’est pas notre conception de la démocratie et du développement.

Le vrai clivage oppose les partisans du modèle pharaonique aux artisans d’une société polycentrique, finalement autogestionnaire, avec des pouvoirs diffusés, des initiatives et des activités décentralisées, plus économes et autonomes.

Il nous faut donc aller au-delà des étiquettes, pour rechercher de façon pragmatique les personnes et les groupes qui nous sont proches par les projets. Jean-René Etchégaray est sur ce point exemplaire, lui qui a défendu de façon militante et finalement décisive le dossier d’Euskal Herriko Laborantza Ganbara : il aurait bien mérité qu’on lui renvoyât directement l’ascenseur. Malgré tout les électeurs l’ont choisi, et ce n’est que justice. Mais on attend toujours que le gouvernement socialiste dote le Pays Basque d’une Chambre d’Agriculture officielle.

Le vrai clivage oppose
les partisans du modèle pharaonique
aux artisans d’une société polycentrique,
finalement autogestionnaire.

L’autogestion

Les idéologies dominantes du XIXe siècle sont obsolètes et ringardes, déconnectées du réel, totalement dépassées par l’évolution de la société. Ignorant le monde qui va et qui s’en va, elles ne servent qu’à renforcer le système existant, celui des dinosaures étatiques et financiers. Il nous faut penser par nous-mêmes et décider en conséquence. Dans mes jeunes années on appelait ça l’autogestion.

Je salue aussi la victoire de François Bayrou à Pau, barrant la route à un socialiste anti-basque viscéral. Voici quelques années j’avais ici-même épinglé durement le leader centriste pour son opposition au projet territorial basque. Les temps ont changé, lui et nous aussi sans doute. Bayrou est revenu mordicus aux fondamentaux du centrisme originel. Candidat aux présidentielles, il a été le seul des grands ténors à tenir un langage de vérité, mais les électeurs en quête d’un président magicien l’ont laissé tomber. Puis les socialistes ne lui ont pas tenu gré de son appel à voter pour Hollande au second tour. Bayrou sort brillamment de leur isoloir. Et l’on se rappelle opportunèment qu’il signa le contrat d’association entre l’Etat et Seaska : sans cela comment les ikastola pourraient-elles résister aujourd’hui et demain au changement de climat politique? Pour ça aussi, et c’est beaucoup, merci Monsieur Bayrou !

4 Commentaires

  1. Alexandr de La Cerda
    Publié le 19/05/2014 à 18:24 | Permalien

    Enfin une opinion qui correspond à la réalité sur le terrain et ouvre des perspectives qui s’éloignent des diverses utopies « sans issue » pour la reconnaissance de l’identité basque = biba zu !

  2. Arrizabalaga
    Publié le 19/05/2014 à 19:03 | Permalien

    Hendaian, aldiz, alderdien makineriak inposatu dira, Battitte Salaberri euskaltzale independentearen gainean. Lotu dira Hendaian ikastola berria eraikitzeko proiektuaren aurka bozkatu zuen PS eta Ezker Abertzale ofiziala, eta zuk aipatu proposamen autogestionatu eta deszentralizatuen moldean Salaberriren inguruan bildu zerrenda 336 bozen eskas gelditu da, ikastolaren alde, Lurralde Kolektibitatearen alde, AHTren aurka, mobilizatua zen arren. Dinosauroak zaharkiturik dira, bai, baina bozak irabazteko makineriak dira, batez ere, eta ez da beti erraz eremu horretan txikientzat irabaztea.
    Bakartxo Arrizabalaga

  3. Estebe
    Publié le 20/05/2014 à 11:48 | Permalien

    Uste dut ez dela errealista eta onuragarria alderdi abertzale zabal batera itzultzea, definitu gabe ezkerrekoa edo eskuinekoa den. Argi da abertzale batzuk ezkerrekoak direla (ni tartean) eta beste batzuk eskuinekoak, naiz eta ez izan XIX. mendeko era berdinean. Nire ustez, eh-bai argiki ezkerrean mantendu behar da, Elgar-ensemble bezalako alderdi bati berpizteko lekua uzteko. (Geroa bai bezala Nafarroan). Helburu sinplearekin: alderdi frantses bat herriko etxera ez iristea abertzaleen laguntza eskatu gabe (eskuin edo ezker). Eta horrela batzen gaituzten gaiak (ikastola, euskara….) beti irabazle aterako lirateke. Abertzaleekin bat egingo ez lukeenak Baionako sozialistak bezala bukatuko luke.
    Oroitarazi nahi dut, Donibane Lohitzunen adibidez, abertzale batzuk (PNV) auzapezarekin aurkeztu direla eta beste batzuk kontra (EH bai). Agian mugimendu abertzalea nahiko indartsua da, orain arte EH-Bai bozkatu duten batzuk, iparraldeko eskuineko mugimendu bat sor dezaten.

  4. Arrizabalaga
    Publié le 20/05/2014 à 14:19 | Permalien

    Estebek dio: Eta horrela batzen gaituzten gaiak (ikastola, euskara….) beti irabazle aterako lirateke.

    Hendaian alderantziz gertatu da, ordea, Ezker Abertzale Ofiziala, ikastolaren kontra aritu den PSrekin lotu da eta Herriko Etxea eman dio, baina ez euskara, ez ikastola ez dira irabazle atera. Uste dut arazoa ez dela abertzale euskaldun eta abertzale frantsesen arteko bereizketa, ezbada kontuan hartu behar dela JL Davant-ek aipatzen duen etiketen arazoa eta etiketen arteko negoziazioa, alderdien politika zaharra mantentzeko.
    Bakartxo Arrizabalaga

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