Désarmement d’ETA, nouveaux défis

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Txetx Etcheverry
Txetx Etcheverry
Animateur de la Fondation Manu Robles-Arangiz en Pays Basque nord, impliqué dans différentes alternatives sociales et écologiques locales et dynamiques de construction nationale basque.
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Aiete

La Conférence internationale de paix de Aiete : une déclaration intégrale sur la paix au Pays basque, qui s’est tenue lundi 17 octobre 2011 à Saint-Sébastien.

La gauche abertzale doit aujourd’hui aborder frontalement et en profondeur le débat sur la signification réelle de la souveraineté, de l’indépendance ou de l’autonomie dans le monde et l’Europe d’aujourd’hui et celui des stratégies et chemins qui nous y mèneront. Txetx nous livre une réflexion de fond à la suite de cette première remise d’armes par ETA.

Le vendredi 21 février dernier, les experts de la Commission internationale de vérification du cessez-le-feu ont montré des images des premières opérations de neutralisation de l’arsenal d’ETA. C’est bien entendu un pas majeur de l’organisation armée, d’autant plus compliqué à réaliser que les gouvernements français et espagnols ne font rien pour le faciliter, bien au contraire. La répression et les provocations se multiplient, et même ceux qui travaillent à promouvoir ce processus unilatéral de paix risquent pour cela la prison, voire y croupissent déjà à l’instar d’Arnaldo Otegi, de Rafa Diez et de bien d’autres. Le travail de sabotage du processus actuel de paix que tente désespérément d’effectuer le gouvernement espagnol démontre d’ailleurs, a contrario, à quel point la lutte armée basque était devenue contre-productive pour les objectifs et intérêts abertzale.

Nouveau cycle, nouveaux défis

La fin du cycle politique lié à la lutte armée d’ETA est une donnée majeure de l’histoire récente du Pays Basque. Elle place la gauche abertzale devant un certain nombre d’enjeux suffisamment connus de tous et débattus un peu partout pour que je ne m’étende pas ici dessus : bataille pour sortir les prisonniers politiques et permettre aux réfugiés basques de rentrer chez eux, définition et expérimentation de stratégies non-violentes dans tous les domaines de la vie et de la lutte d’Euskal Herria, mise en place de dynamiques populaires et unitaires visant l’autodétermination du Pays Basque, travail résolu de construction nationale et sociale basque à l’échelle des sept provinces etc.

Une autre question essentielle se pose à mes yeux en ce carrefour décisif de l’histoire du combat abertzale : comment éviter que ce nouveau cycle ne voit l’intégration par le système de l’irrédentisme basque ? Que faire pour que la gauche abertzale continue à incarner une force différente dans ce pays, qui vise à le construire et à le transformer dans l’intérêt de tous-tes et dans celui des générations suivantes ? L’histoire de bien d’autres processus de luttes radicales à travers le monde nous invite à réfléchir sérieusement à ces questions, en toute lucidité.

Une question essentielle se pose à mes yeux
en ce carrefour décisif de l’histoire du combat abertzale :
comment éviter que ce nouveau cycle ne voit
l’intégration par le système de l’irrédentisme basque ?

Opportunités et dangers

Quand une lutte armée s’arrête et qu’elle était portée par un mouvement social réel (et non pas par un groupuscule coupé de toute base sociale), de nouvelles et nombreuses opportunités s’ouvrent alors à ses différentes composantes ainsi qu’à ses représentants et leaders. Celui qui était autrefois infréquentable devient rapidement un partenaire convoité, pour sa base ou son influence électorale, sa capacité d’encadrement ou d’entraînement d’une partie de la société etc. Les alliances de tout type deviennent envisageables, les postes et les places à prendre deviennent plus accessibles.

Après des années d’opposition, d’ostracisation, voire de marginalisation, de combat dur et violemment conflictuel, on est naturellement plus enclin à les considérer sous un angle positif : pouvoir enfin démontrer notre capacité à gérer, à agir en s’appuyant sur les puissants leviers d’action institutionnels. L’arrivée aux institutions, locales ou pas, pose avec encore plus d’acuité la question et le défi à relever.

Fondamentalement, au-delà des mots et des slogans, sommes-nous là pour gérer le système ou le transformer ?

Bien sûr, les intentions sont toujours bonnes au départ et, pourtant, à travers l’histoire et le monde, innombrables sont les exemples de mouvements ou leaders autrefois en complète rupture d’avec le système devenus par la suite ses alliés ou ses porte-paroles, ou dans le meilleur des cas ses prisonniers (prisonniers de postes, de places, de dépendances, de logiques qui vous coincent, vous aveuglent ou vous transforment peu à peu sans même que vous ne vous en rendiez compte).

Nouveau cycle, nouvelles stratégies

Le cycle qui s’ouvre doit nous inviter à une réflexion de fond sur les mécanismes et les dynamiques qui nous permettront d’éviter ces évolutions trop souvent suivies par d’autres mouvements tout aussi sincères et combatifs que le nôtre.

Cette réflexion et ce débat doivent aborder la participation citoyenne et l’activation de dynamiques de masse progressistes et autodéterminationnistes ; la construction d’instruments nationaux et d’alternatives sociales et écologiques enclenchant concrètement la transition nationale et sociale du Pays Basque ; le rôle des contre-pouvoirs syndicaux, sociaux, culturels, médiatiques etc. et leur autonomie face aux partis et aux institutions ; le rapport dialectique entre la gestion des institutions et l’auto-organisation du peuple et de la société basque ; le programme de gauche et notre vision du projet de société etc.

Le passage à un nouveau cycle requiert également des réflexions fondamentales sur la culture politique dont nous sommes imprégnés, l’éthique dont nous voulons nous réclamer, les formes nouvelles de mobilisation, de communication, de structuration et de fonctionnement.

Enfin, au moment de penser nos stratégies pour les années et décennies à venir, nous devons analyser avec rigueur les grandes évolutions liées à la mondialisation, les stratégies offensives des oligarchies mondiales et nationales acquises à l’idéologie néo-libérale (la stratégie du choc détaillée par Naomi Klein), la montée des populismes réactionnaires et de la confusion complotiste, l’impasse dans laquelle se retrouve l’Union européenne en l’absence de construction sociale et démocratique, la crise à venir de l’énergie et les conséquences qu’elle suppose en terme de relocalisation de l’économie mais également de décentralisation du politique et de la réorganisation même de la société, la crise écologique et particulièrement le défi climatique qui bouleverse nos calendriers et par là même nos stratégies possibles.

Pour résumer en une seule phrase, la gauche abertzale doit aujourd’hui aborder frontalement et en profondeur le débat sur la signification réelle de la souveraineté, de l’indépendance ou de l’autonomie dans le monde et l’Europe d’aujourd’hui et celui des stratégies et chemins qui nous y mèneront.

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