“Etudier au pays pour travailler au pays”

PrintFriendly and PDF

Unibertsitatea

ENBATAk 60 urte

Jean-Roch Guiresse, Président de METIS, directeur de l’école d’ingénieurs ESTIA pendant vingt ans, ex-président de SEI et du CA de l’IUT.

Il y a 60 ans … Le BEPC ouvrait la voie aux concours de recrutement d’entreprises publiques et administrations (Postes, Impôts, SNCF, …) ainsi qu’à l’Ecole normale d’instituteurs. Environ 30% d’une tranche d’âge poursuivait jusqu’au bac, qui ouvrait à d’autres concours de recrutement ainsi qu’à l’Université (de plein droit) et aux classes prépas. Les jeunes basques de France allaient, pour la plupart, faire leur droit, leur médecine, leur licence de math ou de langue, à Bordeaux, Toulouse et Paris.

Environ 30% d’une tranche d’âge poursuivait jusqu’au bac,
qui ouvrait à d’autres concours de recrutement ainsi qu’à l’Université et aux classes prépas.
Les jeunes Basques de France allaient, pour la plupart
à Bordeaux, Toulouse et Paris.

A Pau, après un Institut d’Etudes juridiques fondé en 1946 se constituaient deux collèges universitaires, Lettres et Sciences, dans la Villa Formose, recevant dès 1965-1966 de nombreux basques et basquaises futurs enseignants, juristes, ingénieurs.

En 60 années, de profonds changements se sont opérés. A Bordeaux et Toulouse, à l’UPPA (13 000 étudiants aujourd’hui sur 5 Campus) et aussi au Sud : Université de Navarre (créée en 1952, 15 000 étudiants, à Pampelune, Saint-Sébastien, Madrid, Barcelone, New-York), Université Publique de Navarre (1987, 10 000 étudiants), Université du Pays Basque UPV/EHU (50 000 étudiants sur 3 Campus), Deusto (12 000 étudiants à Bilbao, Saint-Sébastien), Université de Mondragon/MU (1997, 6 000 étudiants).

Des changements sont apparus en termes de répartition des compétences entre l’Etat, les Collectivités territoriales (Lois de décentralisation), les autres opérateurs historiques (Eglise, CCIs, plus rarement des entrepreneurs).

Il n’a pas été facile pour Iparralde de proposer son offre. La tendance naturelle conduit à dire : « Puisque cela relève de l’intérêt général et ne promet de résultats qu’à moyen et long terme, puisque chaque poste créé durera au moins 30 ans, alors ceci concerne l’Etat ! ». Et pour piloter ? C’est plutôt l’entre soi. D’où la priorité à des « centres d’excellence » pour quelques mégapoles, et en « Province » des formations bac+2 et bac+3.

Le nombre de citoyens d’Iparralde inscrits dans l’enseignement supérieur en 1960 était de l’ordre de 1 000, il est près de 10 fois supérieur en 2020 (ce n’est pas un exploit) dont environ 1/3 étudient ici, rejoints par plus de 2 000 jeunes venus d’autres régions en BTS, Santé, IUT, UPPA et son ISA-BTP, ESTIA, Kedge … C’est certes le résultat de tendances lourdes, de fortes aspirations sociales « poursuivre ses études, étudier au pays si possible, pour travailler au pays dès que possible ».

Le nombre de citoyens d’Iparralde
inscrits dans l’enseignement supérieur en 1960
était de l’ordre de 1.000,
il est près de 10 fois supérieur en 2020
dont environ 1/3 étudient ici,
rejoints par plus de 2 000 jeunes venus
d’autres régions en BTS, Santé, IUT, UPPA…

Iparralde ne s’est pas contenté d’attendre ce qui tomberait du ciel.

C’est surtout le résultat d’un travail obstiné de pionniers. Sont-ils tous abertzale au sens où l’entend le lecteur d’ENBATA ? En tout cas, ils se sont « pris en charge », collectivement et souvent contre la pensée dominante, sans s’arrêter aux promesses et attendre leur hypothétique concrétisation, pour faire reconnaître l’intérêt général, pour entreprendre ce qui était déclaré impossible, et parfois le réussir.

Commençons par « rendre à César ce qui est à César ».  Saluons quelques décideurs tels Henri Grenet qui fit financer plusieurs bâtiments et agents mis à disposition des premières activités de l’UPPA à Bayonne, et plus tard Alain Lamassoure et son DG Michel Casteigts qui lancèrent l’aménagement du Campus de la Nive puis celui d’Anglet-Montaury et obtinrent de l’UPPA un début de « ré-équilibrage » vers le BAB. Saluons aussi Jacques St-Martin, Président de la CCI de Bayonne et Antxon Lafont son DG au début des années 80, sans lesquels ne seraient pas nés l’IDLS devenu ESTIA, ni Izarbel, les sites technopolitains et de nombreuses entreprises apprenantes.

Saluons quelques décideurs tels Henri Grenet
qui fit financer plusieurs bâtiments et agents mis à disposition des premières activités de l’UPPA à Bayonne
et plus tard Alain Lamassoure et son DG Michel Casteigts qui lancèrent l’aménagement des Campus.

Ces pionniers, nous les évoquons en quelques jalons ci-après, forcément incomplets ; soyez indulgents.

1960-1970

Mention spéciale à Jean Haritshelhar ; il devient professeur à Bordeaux3 (Bordeaux-Montaigne aujourd’hui), directeur du Musée Basque et Vice-Président de Euskalzaindia. Il relaie le rayonnement de Laffitte, Eugène Goyenetche ainsi que celui de Euskalzaindia et Eusko Ikaskuntza. Il suscite de très nombreux disciples qui marquent notre paysage, à la fois en recherche (par ex. l’UMR IKER, une Chaire entre Bordeaux et UPV portant son nom) et en enseignement (Deug langue basque, puis Master, etc). Citons Orpustan, Peillen, Oyharçabal, Videgain, Casenave, et beaucoup d’autres.

Pierre Charritton devient enseignant à l’UPV, ouvrant la voie à plusieurs autres.

1970-1975

Ramuntxo Camblong rentre au pays, développe une formation en électronique à Hasparren, tout en promouvant l’association Partzuer pour la création de coopératives.

Claude Harlouchet, de retour d’Amérique du Nord, pousse à la R&D, à la veille technologique au Nord et au Sud. Il ouvre l’enseignement de l’informatique à Bordeaux4 (Montesquieu).

François Gaztambide devient directeur (1972-1982) de l’Institut Jean Errecart créé en 1968 qui offrira des BTS en agriculture; Eñaut Etchamendy, Eñaut Larralde et de nombreux autres pionniers y enseignent.

1975-1985

L’UPPA prépare à des licences à Bayonne sur Campus « ancien grand séminaire ».

Maïté Lafourcade fait applaudir ses cours d’histoire du droit basque.

Antxon Lafont devient DG de la CCI et crée l’IDLS, mobilisant pour cela les informaticiens de SEI, confiant sa direction à Jac Tortos.

1985-1995

L’IUT de Bayonne se structure (un département informatique nait au côté du département GEA) autour de l’aveyronnais Bernard Causse et de remarquables enseignants-bâtisseurs. Je retiens J.-Michel Larrasquet, Pierre Michel  Bidegain, Michel Garicoïtz, Juliette Bergouignan, Léopold Darritchon, Xalbat Berterretche, … On parle d’université de plein exercice, tout en construisant d’autres départements d’IUT, une MST qui fera éclore plusieurs masters …

Au sein de l’ADEPAB Agence de Développement Economique du Pays basque créée par la mouvance Hemen-Herrikoa, la CCI, et la bienveillance d’Henri Grenet, René Harlouchet et J.-B.Mortalena animent la Commission Enseignement Supérieur et proposent une Université de Plein exercice, sur le modèle de Compiègne et Troyes. La Directrice Générale de l’Enseignement Supérieur dira d’ailleurs à Bayonne, dix ans plus tard alors qu’elle n’est plus en poste, que c’était LA solution !

1995-2010

L’IDLS devient ESTIA sur Izarbel. Patxi Noblia engage Sokoa comme membre-fondateur de la Fondation ESTIA, encourageant Beñat Etchart, Pierre Durruty et beaucoup d’autres à le suivre.

J.-B. Mortalena et son équipe du Lycée Cantau font surgir l’ISA du BTP.

Le Conseil de Développement, autour de Ramuntxo Camblong, Peio Olhagaray, Jean-Claude Iriart, Bernard Darretche, Battitta Beloqui, fournit un appui appréciable car quasi-institutionnel, aux propositions d’Iparralde vis–vis des autorités et censeurs en embuscade, de Pau et Bordeaux.

La diaspora universitaire est connectée: J.-B. Hiriart-Urruty (PU de Math à Toulouse), à Jean-Léon Irigaray (PU de Physique à Clermont-Ferrand) …

L’accession de J.-Michel Uhaldeborde à la Présidence de l’UPPA (entre la 2e et la 3e présidence de J.-Louis Gout !) élargit le corset palois.

Le binôme J.-Michel Larrasquet/J.-Pierre Claveranne (alors au Ministère) permet de mastériser des licences, de développer l’IAE à Bayonne.

2010-2020

Société de la connaissance…  La formation est une activité économique au même titre que la fabrication textile, les activités de tourisme ou de cure-convalescence-thalasso ; se former au Pays Basque, y venir ou revenir pour y enseigner, c’est très attractif !

L’UPPA s’est structurée en trois Collèges sans référence géographique, la Communauté d’Agglomération exerce ses prérogatives de son mieux …

Heureusement sur les Campus d‘Anglet, Bayonne, Bidart, de nombreux bâtisseurs, plus jeunes, mènent des combats prometteurs.

 

Enbata60Urte

 

2 Commentaires

  1. Paxkal B
    Publié le 19/10/2020 à 21:17 | Permalien

    Egun on, bonjour,

    Je trouve le titre de l’article “Etudier au pays pour travailler au pays” particulièrement restrictif… Heureusement que les études ne servent pas uniquement à préparer à un métier, sinon toutes les batailles collectives et sociales n’auraient pas eu lieu. Mais c’est peut-être le but à venir pour les futures décennies: privatiser l’enseignement pour uniquement préparer des élèves au monde de l’entreprise et de la compétition, y compris locale!
    Sachant que depuis le milieu des années 70, le niveau moyen culturel des citoyens, ne permet plus d’utiliser ses compétences dans un métier et que plus on augmente le niveau éducatif de génération en génération, et plus on force les plus diplômés à se battre pour un poste, en en poussant 2 en moyenne au chômage!
    Bref, un plus large débat autour de ce thème central serait nécessaire il me semble.

  2. Lataillade JeanLouis
    Publié le 27/10/2020 à 20:50 | Permalien

    Bonjour Jean Roch GIRESSE
    Merci Jean Roch pour ton historique, sur les études pour travailler au Pays Basque, en fin connaisseur que tu es
    Amités
    A bientot
    Jean Louis Lataillade

  • Newsletter



  • Soutenez Enbata

    En-kiosque2015-05-FR

    Soutenez Enbata ! A partir de 40€, recevez chaque mois Enbata magazine dans votre boite aux lettres.

    Abonnez-vous / Soutenez-nous

  • Thématiques

  • Mots-clés

  • Vidéos

    video