Explorer les alternatives (1/2)

Argazkia
Txomin POVEDA

« Altertzen » est le nom de l’étude sociologique que mène Txomin Poveda dans le cadre de son doctorat de sociologie à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour. Enbata.Info publie la première partie de l’interview de ce jeune chercheur qui suit de près les pratiques militantes dans ce territoire d’alternatives qu’est le Pays Basque Nord.

Quelles ont été les étapes clés qui vous ont permis d’entamer un doctorat en sociologie ?
Je dirais que ce doctorat de sociologie est le résultat d’un parcours qui a toujours combiné un devoir d’agir dans la société et le besoin de comprendre l’action que l’on y mène. A l’origine, il y a de nombreux engagements très diversifiés qui ont éveillé des questionnements auxquels le milieu académique permet de fournir des réponses dès lors qu’on l’envisage moins comme un distributeur automatique de diplômes que comme une occasion de s’enrichir intellectuellement. Mon parcours universitaire est aussi assez diversifié et inattendu puisqu’il a démarré avec l’animation socioculturelle, s’est poursuivi avec la géographie et l’aménagement pour finalement aboutir à la sociologie.
La cohérence dans tout cela se situe dans le désir de se doter d’un maximum d’outils pratiques et conceptuels permettant de comprendre les comportements des individus, la production et la reproduction de nos sociétés ; tout en gardant à l’esprit, comme disait P.-J. Proudhon que « l’idée, avec ses catégories, surgit de l’action et doit revenir à l’action » (1)

Quel est le thème précis de votre doctorat ?
Je m’intéresse aux logiques d’action des individu·e·s qui ont recours à la construction d’alternatives ; ces initiatives qui, sans attendre le Grand Soir, sans attendre le volontarisme des représentants politiques, construisent ici et maintenant des solutions à des revendications populaires. Je pense par exemple à Euskal Moneta, EHLG ou encore Seaska pour ne citer que les exemples les plus emblématiques d’Ipar Euskal Herri.
Il s’agit bien souvent de mobilisations certes très localisées mais qui insufflent pourtant progressivement un changement social bien concret dans les interstices du modèle dominant. Ce qui est particulièrement intéressant d’un point de vue de la sociologie du militantisme, c’est qu’elles connaissent un engouement très fort qui semble donner tort à celles et ceux qui affirment que nos sociétés, rongées par un individualisme rampant sur le plancher du néolibéralisme, seraient arrivées à la fin de l’Histoire. Face à ces discours résignés, adeptes du There Is No Alternative de Margaret Thatcher, au contraire, on constate que de plus en plus d’individu·e·s sont déjà en train de bâtir d’autres mondes.
C’est pour cela qu’il me semblait indispensable d’axer la recherche sur une intervention sociologique que l’on a intitulée Altertzen ; à partir de la contraction entre le préfixe « Alter » et le mot « Aztertzen » qui renvoie bien à un processus d’analyse.

Pouvez-vous nous préciser ce que vous entendez par l’intervention sociologique ?
L’intervention sociologique est une méthode de recherche créée par Alain Touraine dans les années 1970 au moment où l’on passe à une société postindustrielle et où apparait simultanément une multitude de nouveaux mouvements sociaux (étudiants, féministes, antinucléaires, régionalistes, …). L’objectif initial était d’étudier ces mouvements émergents de façon à identifier le nouveau mouvement social central qui allait remplir le rôle que détenait auparavant le mouvement ouvrier. Si l’Histoire a ensuite montré que ce mouvement tant attendu n’a jamais émergé, la méthode a néanmoins été conservée tout en y apportant des modifications en fonction de l’objet étudié.

Qu’est-ce qui explique que vous avez choisi le territoire d’Ipar Euskal Herria comme terrain de recherche ?
Si l’on constate un peu partout dans le monde un engouement certain dans les alternatives ces dernières années, on observe également une concentration particulièrement forte en Ipar Euskal Herri. C’est aussi un territoire où il existe une diversité des secteurs (enseignement, agriculture, énergie, médias, …) et une profondeur historique qui expliquent la pertinence scientifique d’y porter un regard attentif. A cela, je dois bien avouer qu’il faut aussi y rajouter l’intérêt et l’affection que je porte pour ce territoire.

Votre étude ne se contente pas de se demander pourquoi, »ici et maintenant« , depuis quelques années en Pays basque Nord, des individus créent des alternatives…
Effectivement, car la résurgence des pratiques militantes qui ne placent pas la prise du pouvoir politique et institutionnel comme préalable à une transformation sociale ouvre de nombreuses questions sur la façon d’envisager la production de nos sociétés, les transformations sociales ou encore les conflits sociaux. Qu’y a-t-il de « mouvement social » dans ces actions alternatives, extra-ordinaires mais parfois simples et quotidiennes ? Les pratiques militantes alternatives peuvent-elles incarner un nouveau paradigme des mobilisations sociales ? Peuvent-elles faire advenir l’émancipation individuelle et collective ? Quelles en sont les limites ? Voici le type de questionnements auxquels cette étude espère apporter des éléments de réponse.

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(1) Pierre-Joseph Proudhon, De la justice dans la Révolution et dans l’Église, tome 2, Paris, Garnier frères, 1858, p.215.

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2 réflexions sur « Explorer les alternatives (1/2) »

  1. Je m’étonne que le mouvement culturel basque des années 1975- 1990- Assises de la langue et culture basques -les centres culturels basques du Pays basque intérieur Uhaitza-Haize Berri-Eihartzea- Fédération Pizkundea- Euskal kultur Erakundea-Institut culturel basque -ne fassent pas partie des exemples les plus emblématiques des pratiques alternatives de prise en charge d’un destin en Iparralde. Surtout qu’il me semble que ces approches ont été (et sont encore avec d’autres…) des espaces d’échanges,de formations et de projections indispensables. Avec tout ce qu’elles ont permis de construire dans la foulée…
    Adietasunez
    Txomin Heguy

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