Gaza, genèse du conflit

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David Lannes
David Lannes
Chercheur et enseignant.
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GenèseConflitIl y a quelques mois à peine, en mars 2014, Netanyahu reconnaissait que “le nombre de roquettes tirées depuis Gaza [n’avait] jamais été aussi bas depuis 10 ans”. Le Hamas parlait de son côté d’un “accord national  entre les différentes factions palestiniennes pour poursuivre la trêve” et se chargeait d’empêcher les tirs de roquettes des autres groupes armés.

Comment et pourquoi la situation s’est-elle si rapidement dégradée, au point d’en arriver au bain de sang de l’opération “Bordure Protectrice”? Un premier élément à prendre en compte est l’isolement critique du Hamas au début de l’année 2014.

Depuis le coup d’Etat du général Abdel Fattah al-Sissi en juillet 2013, l’Egypte vit une véritable idylle avec Israël. Sanguinaire avec les Frères Musulmans égyptiens dont était issu le président déchu Morsi (la police et l’armée ont tué plus de 700 manifestants dans la seule journée du 14 août 2013), Sissi se montre également sans pitié avec le Hamas. La présence du Hamas en Egypte a ainsi été interdite, et le Caire a détruit 95% des tunnels de contrebande entre l’Egypte et Gaza. En retour, Israël fait pression sur les Etats-Unis pour qu’ils ne remettent pas en cause leur soutien militaire au régime de Sissi. Cette idylle israélo-égyptienne est en fait un ménage à trois puisque l’Arabie Saoudite voit dans le Hamas une émanation des Frères Musulmans que, depuis les printemps arabes, elle entend éradiquer. Au ministère de la Défense d’Israël, on se réjouit donc: “Notre coopération sécuritaire avec l’Egypte et les pays du Golfe est unique”.

Rapprochement Hamas Fatah

Le Qatar, la Turquie et les Frères Musulmans constituent un deuxième axe sur lequel le Hamas s’est souvent appuyé, surtout financièrement afin de pouvoir payer les fonctionnaires gazaouis. Le renforcement du blocus a cependant rendu ce soutien en partie inopérant ; ainsi, peu avant que la situation ne s’embrase, un versement de 60 millions de dollars promis par le Qatar et vital pour le Hamas n’a pu être effectué. Reste enfin “l’axe de la Résistance” Iran-Syrie-Hezbollah. Le Hamas en a longtemps été proche, mais il a imprudemment coupé les ponts en 2012 en choisissant de soutenir les rebelles combattant Bashar al-Assad en Syrie…

Alors que le Hamas se retrouvait ainsi isolé, l’Autorité Palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas au pouvoir en Cisjordanie n’était pas non plus dans une position enviable. Extrêmement impopulaire en raison de l’inefficacité de sa politique de collaboration avec Israël, Abbas était une nouvelle fois englué dans des négociations sans fin sous l’égide du secrétaire d’Etat américain, John Kerry, et une nouvelle fois ridiculisé par Israël qui refusait de tenir sa promesse de libérer 104 prisonniers palestiniens et annonçait la construction de 700 logements à Jérusalem Est. Furieux, Abbas annonça le 1er avril que la Palestine serait candidate à l’adhésion à 15 structures de l’ONU.

Cela mit de fait un terme aux négociations mais ne masqua pas son nouvel échec… Dans de telles circonstances, un rapprochement entre le Hamas et le Fatah avait tout pour plaire aux deux parties et un “gouvernement d’unité nationale” fut annoncé le 23 avril, réunissant Gaza et la Cisjordanie sous une même autorité politique pour la première fois depuis 2007. Le 1er juin, ce gouvernement était investi et Abbas, pour une fois, pouvait parader: “nous déclarons la fin de la division qui a si catastrophiquement nui à notre cause”.

Confrontation directe avec le Hamas

Du point de vue Israélien, on aurait dû se réjouir de voir le Hamas intégrer un gouvernement qui, comme Abbas le promettait, reconnaîtrait Israël, rejetterait la violence et respecterait les accords signés antérieurement.
Et l’Etat hébreux aurait aussi dû se satisfaire de la création du gouvernement d’unité nationale, lui qui a maintes fois déploré l’absence  d’interlocuteur représentatif de l’ensemble des Palestiniens. Mais c’est avec panique et fureur que la nouvelle a été reçue par Israël : “aujourd’hui, Abbas a dit oui au terrorisme et non à la paix” s’est empressé de déclarer Netanyahu. Le Premier ministre israélien avertit également qu’il  empêcherait la tenue de toute élection palestinienne si le Hamas devait y participer, menaça l’Autorité Palestinienne de la tenir pour responsable de toute attaque en provenance de Gaza, et annonça la création de 3.300 logements en Cisjordanie. Mais malgré tous ses efforts, la communauté internationale, y compris les Etats-Unis, décida d’accorder sa confiance au nouveau gouvernement palestinien, fût-ce du bout des lèvres. Pour briser cette nouvelle unité palestinienne jugée trop dangereuse pour Israël, il ne restait guère plus à Netanyahu que l’option d’une confrontation directe avec le Hamas. L’enlèvement de trois jeunes colons juifs le 12 juin lui offrit un prétexte idéal. “Le Hamas est responsable et le Hamas paiera” s’empressa-t-il de déclarer. Il est aujourd’hui admis que le meurtre des trois jeunes colons est un acte isolé et que le Hamas, qui a démenti toute implication, ne peut en être tenu responsable. Mais en retardant délibérément l’annonce de la mort des trois jeunes, Netanyahou a maintenu la société israélienne dans un état de choc lui permettant de se livrer à une longue série de provocations : en Cisjordanie, 1.500 immeubles ont été perquisitionnés et 500 personnes arrêtées, dont 51 membres du Hamas qui venaient d’être relâchés ; à Gaza des bombardements aériens ont eu lieu le 1er juillet, et au moins six militants du Hamas ont été tués lors de la destruction d’un tunnel le 6 juillet. Ce n’est que le lendemain que le Hamas lançait une nuée de roquettes sur Israël et en assumait la responsabilité, pour la première fois depuis le cessez-le-feu de novembre 2012. Le massacre pouvait commencer…

Je reviendrai dans ma prochaine chronique sur la situation à Gaza et essaierai de dégager quelques perspectives possibles pour l’avenir des Palestiniens au lendemain de cette guerre.

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