Haro sur le gouvernement ?

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Pantxoa Bimboire
Pantxoa Bimboire
Gérant Sarl (chocolat), conseil de surveillance d’une SA, vice président Chambre de Commerce Bayonne Pays Basque (chargé de l’industrie), élu Chambre de Commerce Régionale (commission finances), administrateur de banque (Société Locale Caisse d’Epargne Pays Basque), adhérent Lantegiak (association des entreprises et entrepreneurs Pays Basque).
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"De façon assez cocasse, ce serait Monsieur Valls qui viendrait à point pour nous permettre d’évoluer enfin vers une reconnaissance juridique du territoire…"

La seule échéance électorale qui semble désormais intéresser les Français est l’élection présidentielle, comme si la solution à tout pouvait provenir d’une seule personne. Le scrutin de mai prochain approche. Voici une esquisse du bilan de l’action du locataire actuel de l’Elysée.

Le lecteur d’Enbata sait bien que Hollande n’est pas ma tasse de thé, mais les critiques sont sévères en cette fin de mandature. Tout le monde s’y met, même dans les rangs de la gauche. Les sondages situent Mélanchon au dessus de Hollande. L’extrême droite serait, on nous en rebat les oreilles, en tête au premier tour, en 2017.

La gauche semble avoir éclaté en vol, déchirée entre l’extrême gauche, les verts, les radicaux, les frondeurs et les légalistes/réformistes.

L’université d’été est annulée.

Bref, tout va mal pour le gouvernement : crise d’autorité, crise de majorité, 49-3 etc.

Bien sûr, au débit de la présidence Hollande, il y a les changements de cap entre la campagne et l’exercice du pouvoir, les ratés des velléités de l’inscription de la déchéance de nationalité, les premières années qui n’ont pas marqué les esprits, les erreurs et hésitations (comme le traitement du cas de la jeune fille Rom, entre autres), les déficits, le chômage etc.

Pourtant, il y a aussi des points positifs

L’inflexion de l’orientation politique de mi-mandat (discours du début d’année 2014) a sans doute été une pilule difficile à avaler pour des socialistes “historiques”.

La tentative de prise en compte de l’entreprise par le premier ministre Valls comme les initiatives de 2015 de la loi “Macron 1” (libération dans les secteurs des transports, par exemple), ont intéressé la majorité des chefs d’entreprises.

Bien entendu “l’usine à gaz” du CICE n’a pas été simple d’emploi, je l’avais signalé en son temps (décalage d’un an entre le droit de l’économie d’impôt et l’application de ce droit, limitation aux entreprises bénéficiaires), mais dans le fond, une économie d’entre 6% et 10% de la masse salariale est bien réelle et donne de la marge aux entreprises, comme par exemple depuis 2 ou 3 ans le “sur amortissement”. On peut évoquer aussi le souhait de moins taxer les entreprises rapatriées dans l’Hexagone suite au Brexit. Soyons objectifs, ce sont des mesures positives.

Le mariage pour tous les couples et la future accessibilité à la PMA, même si cela a pu choquer les consciences, ainsi que les baisses d’impôt pour les plus défavorisés vont dans le bon sens.

La réforme territoriale a été aussi un levier important de changement. Simplement, rappelons-nous aussi que c’est le Sénat qui a freiné des quatre fers, l’étape que nous attendions tous au Pays Basque : la disparition des départements et la ventilation de leurs compétences vers la Région ou les regroupements de communes.

Certains observateurs notent aussi que cette fin de mandat voit certains paramètres économiques passer du rouge à l’orange.

Prétendre que le nouveau mode de gouvernance (banque BPI, liaison université/entreprise, innovation, décentralisation sur la montée en puissance des régions) n’y est strictement pour rien n’est pas non plus raisonnable.

Même si les économies annoncées au budget de 50 milliards ne seront pas au rendez-vous de Bruxelles, à cause des dépenses “électoralistes” des derniers mois non financées (revalorisation des fonctionnaires, dépenses de sécurité, etc.).

En ce qui concerne le Pays Basque

L’évènement majeur, dont la gauche réformiste (ou centriste) a été l’initiatrice, est l’impulsion donnée à la mise en place de l’EPCI (bien que se trouvant, en creux, dans le courrier de refus du premier ministre Ayrault).

Les élus du territoire (députés, sénatrice, élus régionaux) ont soutenu et boosté l’initiative. Le préfet a aussi été à la hauteur de la tâche, je l’ai aussi signalé nettement.

Bien entendu, la démocratie du territoire s’est emparée de l’opportunité, avec efficacité, et qui prétendra que la droite aurait fait mieux, elle, dont certains comportements locaux (pas de tous, bien entendu) n’étaient pas limpides en la matière ?

Ce futur commun qui n’oppose pas mais qui rassemble pour le bien du territoire, pacifie, allie et pousse au vivre et construire ensemble, quel habitant du territoire de bon sens peut raisonnablement y être opposé?

Tout le monde, ici, dira qu’elle a été mal préparée, mal négociée et trop tardive. Ces considérations permettent de s’échapper du fond du débat.

Prétendre que les syndicats signataires sont des syndicats minoritaires, mineurs ou à négliger n’est pas compréhensible et dire que la loi actuelle bouleverse les équilibres fondamentaux des rapports de travail est largement exagéré. Est-ce un avis capitaliste de dire cela ? Il me parait très dangereux que la droite et le centre droit aient laissé s’empêtrer le gouvernement, dés le vote sur la première version de la loi, en les taclant uniquement sur la forme de la négociation.

Par exemple, le candidat Juppé aurait gagné en ayant sur le blocage en cours une position nuancée. Dans l’hypothèse la plus plausible, mi 2017, son gouvernement aura des difficultés encore plus grandes quand il mettra en place la fin des régimes de statuts, l’égalité des paramètres sociaux publics/privés (retraite, temps de travail, couverture, RTT, 3 jours de carence, complémentaire, etc.) si, déjà, sur les réformes timides, un gouvernement de gauche connaît les difficultés actuelles.

La démocratie du territoire
s’est emparée de l’opportunité de la loi NOTRe, avec efficacité,
et qui prétendra que la droite aurait fait mieux,
elle, dont certains comportements locaux (pas de tous, bien entendu)
n’étaient pas limpides en la matière ?

Les élections 2017

Lors du 2ème tour Chirac/Le Pen, les observateurs avertis avaient prétendu que M. Chirac, avec 82%, des voix aurait dû mettre en place un gouvernement mixte centre droit/centre gauche, de salut public contre l’extrême droite (puisque c’était le véritable résultat démocratique).

On a vu dans la mandature Sarkozy, M. Valls voter avec la droite des réformes qui lui paraissaient bonnes. Depuis déjà quelques mois, certains observateurs politiques de mon émission préférée (C’est dans l’air), émettent l’hypothèse mixte du 2ème tour (Juppé Président, Valls, Macron et intégration d’autres socialistes réformistes dans des ministères). Bien entendu, Mme Le Pen sortira l’argument du “tous pourris, droite=gauche”, mais dans les quatre nouveaux blocs de pensée actuels (deux extrêmes : gauche et droite et deux réformistes, pro-européens gauche et droite), il n’y a pas d’issue raisonnable que gouverner au centre en réformant courageusement et en renforçant l’Europe vers le fédéralisme (fiscalité, droits sociaux, frontières, politique extérieure, défense).

Le Brexit doit être l’occasion d’un 2ème départ.

Je rejoins aussi Jean-Marc Abadie sur un point au moins : le journalisme politique, par paresse et à l’affût de sensationnel, qui se focalise sur petites phrases, sondages, postures, sans rentrer dans le fond des programmes, ne rend pas service au futur électeur qui devra choisir.

Un commentaire

  1. Alain d'ARIES
    Publié le 12/09/2016 à 18:39 | Permalien

    Iep Pantxoa!
    Tout à fait d’accord avec ton analyse, la droite n aurait certainement pas fait mieux..ou au moins aussi mal…Notamment par rapport au chômage. Une petite réserve toutefois vis à vis de Macron qui ne me paraît ni loyal ni légitime pour accéder à quoi que ce soit. Qu il passe d abord par les urnes et qu il présente un semblant de bilan et de programme, la libéralisation des transports ne fera à mon avis qu accroître le déficit de la SNCF et limitera les possibilités de investissement en matière d infrastructure sur certaines lignes qui en auraient bien besoin.

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