Ikea ou la commercialisation du mode de vie low-cost !

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IKEA

www.argia.eus/argia-astekaria/2472/ikea

A quelques semaines de l’inauguration de l’Ikea de Bayonne, l’hebdomadaire en langue basque « Argia » a publié un reportage spécial intitulé « De Barakaldo à Baiona, la commercialisation du mode de vie « low-cost »" . Voici les questions posées à Martine Bouchet de Mouguerre Cadre de Vie (MCV) pour la réalisation de cet article, ainsi que la version intégrale des réponses apportées. 

Pour quelle raison a-t-on installé Ikea dans une zone de centres commerciaux et de multinationales comme l’est Bayonne ? 

MCV : Les élus concernés se considèrent comme étant dans une véritable guerre économique. Ils ne réfléchissent qu’en fonction de leur propres intérêts de rentrées fiscales. Ils cherchent à attirer le plus de commerces possibles sur leurs communes, sans avoir une vision d’ensemble équilibrée hors de leur territoire. Pour les élus des communes concernées, cela a été une victoire qu’IKEA ne s’installe pas au Pays Basque Sud.
L’agrandissement du centre commercial BAB2 est une conséquence de l’arrivée d’IKEA : pour survivre, les bailleurs commerciaux s’agrandissent. Un autre énorme projet est en cours dans le département des Landes, à une dizaine de kilomètres seulement d’IKEA.
Ce développement irréfléchi de grosses structures commerciales se calque sur une vision passéiste du futur. Les élus agissent selon un modèle de développement dépassé. Ils sont en train de transformer Bayonne et les villages environnants sur le modèle des métropoles urbaines. Pourtant avec les crises économiques, sociales et écologiques, il est grand temps d’arrêter ce développement qui est la source principale de nos problèmes, et de relocaliser le plus possible nos productions et notre consommation.

Vous voyez vraiment que le centre commercial Ametzondo est économiquement viable ? Quel poids peut-il avoir quant à la spéculation des terres ?
MCV : Il est évident, et cela a été annoncé par un expert économique, que tous ces nouveaux mètres carrés commerciaux ne sont pas viables. Ce ne sera pas forcement IKEA qui va mourir, mais un de ces centres commerciaux. On peut s’attendre à avoir inéluctablement des friches commerciales.
Mais avant que au moins un de ces grands centres commerciaux ne meurent, se seront les petits commerçants, notamment de Bayonne, qui vont souffrir. C’est ce qui nous inquiète le plus, car avec la disparition des petits commerces, c’est le tissu social qui souffre, et cela va à l’encontre de la relocalisation qui nous semble être indispensable.

Est-ce que les mouvements sociaux, les commerçants et les habitants en général ont pris part à la décision de faire venir Ikea à Bayonne ?
MCV : Non, faire venir IKEA a été une décision prise dans les bureaux des élus, et annoncée seulement une fois prise. Les procédures françaises obligeaient à faire des enquêtes publiques. C’est là que les associations et les citoyens se sont manifestés, non pas pour prendre part à la décision, mais pour pouvoir exprimer leur adhésion ou au contraire leur opposition. Les commerçants ne se sont pas manifestés à ce moment-là.
Il faut dire que la plupart pensaient qu’il n’y avait qu’un magasin IKEA. Mais en fait, le magasin IKEA sert de locomotive à l’implantation d’un gigantesque centre commercial. Les commerçants ont donc réagi, mais plus tard, à l’occasion d’une modification du permis de construire de la galerie commerciale, destinée à accueillir une enseigne de mode à très petit prix. Mais leur intervention a été trop tardive.

La pollution et les dommages dans un site naturel (Barthes) sont des arguments contre le projet d’Ikea…
MCV : Notre association a vigoureusement protesté sur deux points liés à l’implantation d’IKEA. Le premier point est qu’IKEA a demandé une dérogation pour s’installer en bordure d’autoroute, alors que la réglementation prévoit un recul de 100 mètres. Cette proximité expose de manière chronique à la pollution de l’air liée à la circulation autoroutière les personnes qui travaillent à IKEA. C’est un véritable problème de santé publique.
L’autre important problème du choix de ce site est que c’était une zone inondable naturelle, une barthe, une des dernières qui restent en périphérie de Bayonne. Les zones inondables naturelles sont très utiles, puisqu’elles absorbent l’eau lors des grosses pluies, à la manière d’une éponge, pour les relâcher lentement. Les constructions d’IKEA seront à l’abri des inondations, puisqu’ils ont construit sur pilotis, et que les magasins sont donc en hauteur. Par contre, l’imperméabilisation de cette zone va aggraver l’inondabilité des quartiers environnants. Le changement climatique amorcé depuis plusieurs années se traduit par des pluies exceptionnelles de plus en plus fréquentes. Météo France a publié des statistiques à ce sujet : sur Bayonne, des pluies qui n’arrivaient autrefois que tous les 100 ans, sont dorénavant attendues tous les 30 ans. On peut donc s’attendre à ce que les inondations soient de plus en plus fréquentes. Bétonner les zones inondables est une grave erreur.

On nous dit souvent que de nombreuses personnes souhaitent vraiment l’arrivée d’Ikea à Bayonne pour décorer sa maison à moindre coût. Que pensez-vous de l’impression générale des habitants de Mouguerre et de Bayonne au sujet d’IKEA ?
MCV :
Chacun d’entre nous peut réagir en tant que citoyen avec une conscience écologique, ou comme travailleur, ou comme consommateur, en donnant plus ou moins d’importance à l’une de ces trois facettes. En tant que consommateur, on cherche le moindre coût. En tant que travailleur, on cherche du travail, avec un salaire décent. En tant que citoyen de la terre, on cherche à consommer de manière responsable. La réaction face à IKEA peut dépendre de l’importance relative de ces trois facettes chez chacun d’entre nous : le consommateur ne verra que le coût, mais le travailleur trouvera que les contrats précaires à temps partiel sont critiquables. Si c’est la troisième facette qui prévaut, alors on voit qu’en achetant Ikea, on achète des produits qui sont pour la plupart des achats impulsifs, fabriqués dans des conditions critiquables, notamment dans des pays où les travailleurs sont très mal payés, et des produits qui ont beaucoup voyagé. De plus, acheter ikea, c’est donner de l’argent à une entreprise qui pratique à outrance « l’optimisation fiscale », c’est à dire qui met en place tous les montages possibles pour ne pas participer au paiement de l’impôt.

IKEA signale qu’elle va créer 1100 emplois. IKEA est à Barakaldo depuis 11 ans et les conflits ont été nombreux dénonçant les conditions de travail. Pourtant Ikea offre un visage aimable et écologique…
MCV : Ikea a effectivement annoncé la création de 1100 emplois : 300 pour le magasin IKEA et 800 pour la galerie commerciale. Les élus ont fait semblant d’y croire. Notre association a officiellement posé la question de savoir parmi les 1100 emplois, combien seraient des transferts d’emplois, et combien d’emplois seraient supprimés ailleurs. La réponse officielle a été qu’aucune loi ne les obligeait à faire une telle étude, et qu’ils ne l’avaient donc pas faite. Les élus favorables au projet ont donc accepté ce chiffre sans aucune expertise. Ils ont engagé des millions d’euros d’investissement public sans aucune expertise économique.
Le magasin IKEA a commencé à faire son recrutement : de 300, on est passé à 155 embauches locales, soit la moitié de ce qui était annoncé. Quant à la galerie commerciale, qui peut croire qu’elle créera 800 emplois ? IKEA a une force marketing très forte, et est arrivée à passer aux yeux de beaucoup comme une entreprise « verte » et vertueuse. Mais cette image est en train de se fissurer. En France, dans l’année 2014, ont été mises à jour des pratiques d’espionnage des clients et des employés, qui conduisent aujourd’hui IKEA devant les tribunaux. Le passé nazi de son fondateur a aussi fait du mal à l’entreprise.

5 Commentaires

  1. Publié le 04/08/2015 à 21:58 | Permalien

    Article intéressant. Je suis d’accord avec madame Bouchet. Ceci étant, nous, commerçants de Bayonne centre ville, actifs au sein de l’union Commerciale de Bayonne, n’avons pas dit notre dernier mot. Nous avons réagi sur ce dossier dès que nous en avons eu connaissance, et comme il est dit dans l’article, les élus ont pris cette décision, enfermés avec les décideurs du groupe IKEA, dans leurs bureaux et nous ont mis devant le fait accompli. Juridiquement nous avons été très réactifs puisque notre action a permis d’annuler cette première CDAC. Alors, une deuxième CDAC, (positionnant PRIMARK, ce gigantesque prédateur qui, sans scrupules veut s’installer sur 4000 m2, pour vendre ses produits fabriqués dans des conditions déplorables, avec des matières (notamment des teintures), très douteuses,), donc ce prédateur sans scrupules, est ardemment défendu par les élus, (sauf ceux qui ont voté contre ou se sont abstenus).
    Nous, commerçants du centre-ville de Bayonne, sommes toujours là, et bien évidemment, un recours à été déposé, et nous irons, avec notre avocat, défendre notre cause.
    Octobre 2015, nous en saurons plus.

    • Spamo
      Publié le 14/08/2015 à 14:03 | Permalien

      Ah les commerçants Bayonnais, et combien ont signé des boutiques à Ametzondo ou à Ondres.
      D ailleurs plusieurs manifestations organisée par l union commerciale dont vous êtes présidente après votre mari n ont elles pas été financées par les allées shopping en échange du paiement d un recours contre Ikea ?

  2. rambert
    Publié le 04/08/2015 à 22:28 | Permalien

    Un article que j’ai écrit en 2012, pour une asso altermondialiste
    Ikéa, prévu en 2014 à Bayonne, à la jonction entre l’axe autoroutier nord-sud Bordeaux-Espagne (A63) et l’autoroute Pau-Bayonne, le groupe a confirmé son implantation lundi 4 avril lors d’une conférence de presse.
    Les principales composantes du projet sont relayées dans les médias locaux : une surface commerciale de 24 000 m2, 80 boutiques autour d’Ikéa, une perspective de création d’emploi de 1100 emplois directs, 8millions de visiteurs par an.
    Ikéa dit avoir pris des engagements pour l’insertion du projet dans l’environnement et l’économie d’énaergie.
    Ikéa semble faire une quasi unaminité , en terme d’opportunités d’emplois, de développement économique et commercial local. Forte de son image de société éthique, écologique , à dimension humaine, Ikéa est attendu par beaucoup, avides de ses produits si bien marketés.

    Et pourtant …

    Développement de l’emploi mais, pour quelle part d’emplois détruits chez les concurrents , d’emplois précaires, d’emplois reéls et enfin, pour quelle part de négation du potentiel d’artisans de notre territoire .
    Pour reprendre Claude Labat “est-il donc impossible ici, chez nous, de produire des meubles contemporains, esthétiques, de bonne qualité et bon-marché avec cette tradition d’ébénisterie plutôt fameuse qui est la nôtre ?” Le prêt à meubler d’Ikéa, qui “uniformise nos vies, nous pousse à la surconsommation” (lire ”Ikéa, un modèle à démonter”), ne peut-il pas être contre balancer par le professionalisme de l’artisanat local. Les meubles Ikéa sont pour 47% en pin, les principaux fourniseurs sont en Russie, Pologne, Chine, Roumanie, Suède et nous quelle part?
    Avec des investissements d’argent public à la hauteur de ceux pris pour Ikéa, 5 451 040 euros, ne peut on pas soutenir le développement de la filière bois et de l’artisanat.

    Développement commercial, le projet est présenté comme compatible avec le commerce de centre ville L’accés est diificile, souvent embouteillé, actuellement, qu’en serait –il avec les 3440 voitures / heure prévues le samedi. une navette peut-elle réellement endiguer le flux . Et si c’étaiit le cas, un visteur d’Ikéa va –t-il faire la démarche du commerce de centre ville? Non, Aller à Ikéa c’est une fin en soi, la promenade du week end.
    Quand il faudrait renforcer le commerce des quartiers, ne pas les fargiliser, on choisit de développer les multinationnale en extérieur des villes.

    Des mesures pour l’environnement , qu’en est-il réellement de la pollution de l’air , le site étant très prés de l’autoroute (30mètres). L’étude a été menée sur la base d’une enquête publique des ASF pour l’élargissement de l’autoroute et un calcul théorique de la pollution générée par le sur-trafic automobile directement lié à IKEA . Des données théoriques qui ne reposent sur aucune mesure sur le site lui-même. http://www.mouguerrecadredevie.fr/ametzondo.htm#presentation
    La pollution de l’air est dangeureuse, la santé des travailleurs est en jeu.
    Qu’en est-il de l’impact du bruit sur les riverains? 3440 voitures / heure !!!!
    Qu’en est-il des risques d’inondation? Le site, jamais inodé auparavant, l’a été 3 fois depuis les travaux d’aménagement de l’autoroute.
    Ailleurs, Ikéa a déjà fait parler de son éthique environnementale, voir par exemple à Marseille (condamné pour destruction d’espèces protégées en Avril 2011), http://www.lepoint.fr/societe/ikea-condamne-pour-destruction-d-especes-protegees-08-04-2011-1317244_23.php

    Pour finir, posons un regard sur le mythe d’Ikéa, entreprise éthique, à dimension humaine. Par le passé (années 80-90), Ikéa a souvent subit des accusations : déforestation, utilisation de substances toxiques et polluantes , travail des enfants, passé nazi de son fondateur. Depuis Ikea a mis en place un code de conduite pour ses fournisseurs. Mais, comme souvent, les auditeurs d’Ikéa chez les fournisseurs appartiennent à eux-mêmes à Ikéa. L’étude de Oxfam “Ikéa un modèle à démonter ”, conclut sur l’opacité de la société Ikéa et aujourd’hui, une récente affaire nous le confime , http://www.liberation.fr/economie/01012320250-ikea-le-mythe-du-fondateur-a-peine-entache-par-son-evasion-fiscale.

    Et la qualité de vie dans tout ça? Devons nous tous dormir dans le même lit, manger dans la même assiette parce qu’un géant de la distribution l’a décidé? Souhaitons nous le prêt à penser et le prêt à consommer? N’avons nous pas autre chose à offrir au Pays Basque.

    Alors ensemble unissons nous pour dire non à Ikéa à Bayonne. La lutte est forte à hauteur de la force du mythe Ikéa.

  3. BASKORE
    Publié le 04/08/2015 à 23:22 | Permalien
  4. Xabi
    Publié le 01/09/2015 à 18:51 | Permalien

    Article intéressant. Mais je ne suis pas d’accord sur plusieurs points:

    « on achète des produits qui sont pour la plupart des achats impulsifs ». Je ne suis pas d’accord. Il m’est déjà arrivé de faire des achats à Ikea. J’y ai acheté des meubles pour y mettre mes vêtements et ma vaisselle. Je ne pense pas que ça soit superflux.

    De plus, je ne pense pas que IKEA soit une entreprise moins respectueuse de l’environnement que d’autres enseignes comme BUT par exemple. Soit dit en passant, je trouve justement plus critiquable ces enseignes qui proposent des meubles à des prix exorbitants pour des produits qui sont tout aussi polluants.
    Les meubles d’IKEA sont d’ailleurs sûrement moins polluants car leur politique de meubles à bas coûts fait qu’ils utilisent moins de matériaux pour leur fabrication que des meubles « classiques ».

    Concernant la pollution et les 3440 voitures / heure, ce n’est pas l’absence d’IKEA qui va faire que ces 3440 véhicules ne vont pas circuler le samedi. Il vaut mieux aussi qu’ils circulent en périphérie qu’en centre ville.

    En fin je trouve beaucoup plus critiquable une entreprise comme PRIMARK qui propose des produits de merde via un concept d’achat compulsif.

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