Le prénom occitan Artús refusé par l’Etat

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Okzitania

C’est un papa en colère qui a révélé sur son compte personnel Facebook le 20 décembre dernier la mésaventure vécue lors de la naissance de son petit garçon. L’état civil en Lozère, où Lissandre Varena réside, a refusé le prénom occitan Artús. En cause, l’accent placé sur le prénom. Une vraie ressemblance avec l’affaire Fañch qui avait offusqué nombre de Bretons en 2017.

Lissandre Varena :

« Nous pensions ces discriminations raciales/culturelles d’un autre temps, il n’est est rien. Notre fils Artús né il y a quelques jours à Mende (Lozère) se voit refuser son accent sur le “u” car en Occitanie, on peut donner un prénom anglais, italien, allemand, etc., mais dans la langue autochtone, non. Or l’accent n’est pas une décoration, il a un rôle majeur dans la prononciation du prénom.

Il est évident que nous n’en resterons pas là, la Région a été contactée avant médiatisation de cette attitude inadmissible de l’État français chez nous. Encore une fois, la France montre son esprit rétrograde et ses pratiques discriminatoires envers les langues autochtones.

Vous êtes nombreux à connaître l’exemple de Fañch en Bretagne qui après moult combats a été accepté, peut-être avez-vous d’autres exemples à nous communiquer ?

Les sombres heures où la France affichait ouvertement sa volonté d’éradiquer ce qu’elle appelait « patois » ne sont pas finies.

Aujourd’hui en 2022, le simple fait de nommer son enfant dans la langue légitime de son lieu de naissance, est entravé par l’État français. Première étape, nous en remettons à Madame le présidente de Région Carole Delga et à son équipe qui se dit engagées dans la promotion active de l’occitan ».

Sortis de nulle part

L’Etat s’oppose donc à un prénom traditionnel occitan. Or, il est une partie de l’histoire de l’Occitanie, selon l’appellation culturelle et non administrative. Depuis de nombreuses années, des prénoms sortis de nulle part ont investi les crèches et les écoles. Maxandre, Cyliann, Elouenn sont monnaie courante, sans que cela ne pose aucun problème au moment de la reconnaissance de ces bébés. C’est aussi sans compter les prénoms étrangers.

En quoi ce choix d’ordre privé peut-il gêner l’Etat français qui pousse son jacobinisme au paroxysme ? Et pourtant dans l’affaire Fañch, malgré une validation par la cour d’appel de Rennes en 2019, le prénom fut finalement censuré lors de l’adoption de la loi Molac en avril 2021. Ce texte intègre la permission d’inscrire dans les actes d’état civil tous les signes diacritiques en langue régionale. Néanmoins, à la suite d’un recours déposé par des députés de la majorité présidentielle auprès du Conseil constitutionnel, celui-ci censure en mai 2021 deux articles de la loi, dont celui qui « prévoit que les signes diacritiques des langues régionales sont autorisés dans les actes de l’état civil », estimant qu’il contrevient à l’article 2 de la Constitution. La France et ses choix continuellement à géométrie variable, ne sait pas respecter l’histoire des minorités régionales.

+ D’après un article paru dans le journal Le Miroir du Nord du 22 décembre 2022.

2 Commentaires

  1. Iñarra michel
    Publié le 10/01/2023 à 18:48 | Permalien

    Bonjour , suite à la lecture de l’article,je suis choqué par la phrase : « en 2020 21,7% des prénoms donnés sont musulmans » .
    Premièrement,ce ne sont pas des prénoms musulmans mais arabes. Pour moi , un prénom n’a pas d’empreinte religieuse mais des origines…
    Deuxièmement, et c’est là où je voulais mettre l’accent (!) , il n’existe aucune statistique en France qui établit un classement basé sur des critères ethno – religieux. Le chiffre avancé de 21,7 % n’est donc pas une réalité mais il a été publié par le site d’extrême-droite Fdesouche. Et cet argument, par ailleurs a été utilisé pendant la campagne présidentielle nauséabonde de Zemmour. Je suis désagréablement surpris de la qualité des sources de l’auteur de cet article.
    Ps : Tartaro seras-tu étonné ?

    • Enbata
      Publié le 12/01/2023 à 17:36 | Permalien

      C’est volontiers qu’Enbata retire de cet article la référence à une statistique réalisée par une officine d’extrême droite. La France est un des rares pays qui interdise les statistiques établies à partir de critères ethniques ou religieux. Seules sont autorisées les enquêtes et statistiques portant sur le « ressenti d’appartenance » et les personnes interrogées peuvent s’y soustraire. Cette interdiction a deux conséquences : les évaluations réalisées par des organismes « privés « se multiplient et leurs résultats sont divers. Ce flou entretenu par les instances officielles ne permet pas d’évaluer avec précision des phénomènes complexes et les politiques souhaitables de discrimination positive, voire de lutte contre le racisme, elles peinent à être mises en œuvre. La cécité volontaire de l’État français se situe dans le droit fil de sa doxa, comme quoi en France, il n’y a pas de minorités.

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