Les mentalités

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Christiane Etchalus, militante abertzale depuis les années 60

Mon domaine de prédilection est « les mentalités ». J’en parlerai en amateur en me limitant à observer et récapituler ce qui ressort de ma propre expérience en tant que militante de la cause abertzale au cours des 60 dernières années. En invitant aussi celles et ceux qui pourraient traiter la question savamment à nous accompagner dans cet enrichissement des connaissances sur notre propre parcours militant.

A l’époque où j’ai connu le mouvement abertzale, on était majeur.e à 21 ans ; dans le milieu rural et familial où nous avons grandi (et duquel nous souhaitions nous émanciper), on s’identifiait avec le nom de la maison, tandis que le nom de famille était réservé aux actes administratifs, comme l’appel à l’école. Je crois que donc ce qui était le plus profondément ancré dans la conscience de notre identité c’est cette tradition d’appartenance décisive à la maison et aux ancêtres, bascophones, en possible contradiction avec la modernité de l’identité administrative, francophone, mais sûrement en confrontation avec la formation de la personnalité, pour qui était tenté·e par la poésie, le romantisme révolutionnaire, l’aventure.

Notre génération, c’est à dire celle qui est née pendant ou juste avant et après la 2ème guerre mondiale, baigne dans une mentalité que plus tard nous qualifierions de réactionnaire, dans ce sens qu’elle était très conservatrice sur les plans des us, coutumes et mœurs. Ce qui n’a pas empêché une évolution décisive des conditions de travail -mécanisation, disparition du métayage, mise en culture de nouvelles terres, Crédit Agricole- vers un marché agricole bien plus développé que le marché hebdomadaire avec les négociants locaux. Cette évolution s’ajustait sans problème majeur avec l’idéologie et les valeurs portées par une classe sociale convertie à la recherche des bienfaits apportés par les progrès techniques censés arroser la paysannerie pratiquant l’agriculture intensive.

A l’intérieur d’Iparralde, il semblerait que cette mentalité continue à être dominante, ou du moins incontournable, obligatoire, pour ceux qui dominent la société en termes de réussite professionnelle, de productivité agricole, d’exercice du pouvoir politique à leurs niveaux. Inutile de s’étendre sur les conséquences de cette forme de lavage de cerveaux au nom des risques encourus par ceux qui voudraient changer les choses dans le sens de l’indépendantisation vis à vis des forces qui tiennent les gens bien assujettis aux standards (et aux étendards) de l’union nationale française.

4+3=1

Mais elles et ils sont de plus en plus nombreux·euses celles et ceux qui se détachent des normes dictées ou plutôt reprises par ces mentalités dominantes. Pour ma part, je me risquerai à mettre la date des années 60 aux premières revendications/manifestations de gens mus à la fois par l’insatisfaction et l’utopie, inspirés par une nouvelle mentalité faite de désirs de liberté, de reconnaissance de la basquitude de la communauté et d’acceptation d’engagement pour la cause abertzale. Et c’était une vraie nouveauté, avec tout ce que cela entraîne comme processus d’action/réaction. La réaction la plus schématique s’exprimait en deux mots : Enbata Zikina et l’action la plus contondante s’exprimait en une formule mathématique: 4+3=1.

Cette joute au niveau des mentalités a déjà été décrite. Ce qui est remarquable 50 ans plus tard c’est qu’elle demeure vivante, mais lissée, polie, et que le filet virtuel qui sépare les combattants s’est déplacé, tel l’arraia du jeu de rebot, en faveur des 4+3=1.

Ce n’est toujours pas une mentalité dominante, et encore moins une idéologie dominante, mais on peut soupçonner que les tenants d’Enbata Zikina ne sont plus du tout convaincus de la toxicité de la chose et qu’ils renoncent à garder la formule active dans leur imaginaire. D’ailleurs 4+3=1 n’est peut-être pas si juste que ça, non plus, maintenant où, pour faire l’union, on pense plutôt aux 3 institutions « régionales » représentatives d’Euskadi, de la Navarre et d ’Iparralde.

Mentalité abertzale dans l’imaginaire d’Iparralde

Donc, chez nous, pas mal d’ingrédients se sont volatilisés au cours de ce processus de rapprochement des mentalités sur la question basque : les débats idéologiques autour du fédéralisme européen, de l’analyse marxiste, de l’opportunité de la lutte armée, alors que d’autres se sont agrafés comme des pièces jointes : l’information approfondie sur ce qui a trait à l’écologie, au féminisme, à la décroissance.

Pour ma part, je regrette que les échanges entre abertzales ne se déroulent plus sur le mode des échanges entre militants (concept démodé), que la gestion remplace l’engagement, que la politesse fasse office de civisme. Mais peut-être suis-je en train de regretter plutôt mes 20 ans.

Il n’en reste pas moins que les mentalités abertzale actuelles manquent de la force que peut donner un horizon stratégique courageux. Et là, je pense à l’équipe des fondateurs d’Enbata, Jean Louis, Jakes, Michel, Ximun, Yannic, Piarres qui ont su faire le nécessaire pour injecter la mentalité abertzale dans l’imaginaire d’Iparralde.

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