Ramuntxo le pionnier

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Obsèques de Ramuntxo Camblong célébrées à l'Eglise de Luhuso, le 15/11/2021.(Photo : Zigor)

Obsèques de Ramuntxo Camblong célébrées à l’Eglise de Luhuso, le 15/11/2021.(Photo : Zigor)

L’Édito du mensuel Enbata

Il s’est éteint le 12 novembre à l’âge de 82 ans. Ramuntxo Camblong fait partie de ceux qui ont jeté les bases de l’abertzalisme en Iparralde. A peine âgé de 21 ans, il se manifeste pour la première fois par une lettre parue dans le numéro 6 d’Enbata de septembre 1961. On en lira plus loin le contenu, il signe là les deux piliers de son engagement, sa vie durant: en faveur de l’économie et de l’euskara.

Chacun sait que Ramuntxo Camblong fut, avec d’autres militants du mouvement Enbata, un des fondateurs de Seaska. Le lancement des éditions Elkar, d’Euskal kultur erakundea qu’il présida dès sa naissance, la création du premier quotidien en euskara, dans toutes ces avancées, il joua un rôle important, parfois décisif.

Mais, comme l’annonce son article prémonitoire, son grand oeuvre se situera sur le plan économique. Ce fils de paysans de la maison Etcheparia à Makea est ingénieur en électronique. Il travaille à Paris dans une multinationale prestigieuse, Thomson. Il aurait pu y faire carrière jusqu’à la retraite. Il fait partie de la section parisienne d’Enbata à Euskal Etxea et prend alors une décision majeure: à l’image de l’alya des Juifs, il rentre au pays, suivant en cela les préconisations d’une démarche informelle mais active, le mouvement Itzul. Il exercera alors l’emploi de simple prof de math au lycée technique d’Hasparren. Là encore, il aurait pu se contenter de manier le verbe, d’enseigner en dispensant ses bons conseils sur le mode “armons-nous et partez”.

C’est mal connaître un homme de la trempe de Ramuntxo. Les slogans et les belles analyses dans Enbata ne lui suffisent pas. Il lance Partzuer en 1974 pour promouvoir les entreprises coopératives sur le modèle de Mondragon. Et un an plus tard, il décide de se confronter à l’âpreté du réel. Prêt à mouiller la chemise, il saute le pas en créant Copélec, une SCOP (Société coopérative participative). Il n’en est pas propriétaire et n’est en rien mû par l’appât du gain, cela lui coûtera fort cher 23 ans plus tard. Co-auteur avec son alter ego Patxi Noblia des propositions économiques d’Enbata, il veut d’abord, par l’exemple, créer des emplois dans un pays où, de Mauléon à Boucau en passant par Hasparren, les emplois industriels s’effondrent. C’est d’abord aux Basques eux-mêmes de construire leur pays, avant de parvenir à le libérer.

En 1980, Ramuntxo Camblong est une des chevilles ouvrières du mouvement Izan qui, entre autres, débouchera sur la création de la société à capital risque Herrikoa et son plan de 1500 emplois. Trouver des partenaires, en faire des compagnons de route, cristalliser un mouvement social autour de propositions concrètes dont les abertzale sont les porteurs et le fer de lance, Ramuntxo Camblong acteur majeur dans cette longue marche, répond à chaque fois présent, que ce soit pour fonder la fédération culturelle Pizkundea, Izan ou encore à la présidence du premier Institut culturel basque ou à celle du Conseil de développement. Un tel parcours ne fut pas un long fleuve tranquille. On en lira dans ce journal quelques soubresauts douloureux. Ramuntxo Camblong, considéré comme trop radical, subit de scandaleuses pressions et fut même “défenestré”.

Contre vents et marées, il s’agissait pour les abertzale, minorité active et sel de la terre, de bâtir du nouveau, bien au-delà de la stricte revendication identitaire, notre pré-carré. De faire en sorte que l’ensemble d’une société fasse sienne, infuse nos préconisations, de faire évoluer son imaginaire politique, avec pour effet d’entraîner repolarisations et divisions à l’intérieur des partis de droite et de gauche. Gageons que le mouvement qui a débouché sur la belle manifestation du 20 novembre dernier “Ezpekulazioari ez, vivre et se loger au pays”, aurait réjoui Ramuntxo Camblong. Tous les ingrédients de ce que fut sa vie de militant basque étaient là, réunis. Un problème concret du quotidien de nos populations est à résoudre. Des abertzale s’y intéressent et en font leur fer de lance, mais ils ne se l’approprient pas. Au contraire, ils élargissent le cercle, élaborent des dénominateurs communs, structurent un mouvement de masse. Il faut d’abord convaincre. Les acteurs d’aujourd’hui que chacun connaît, savent que cette méthode intelligente mais difficile parce qu’exigeante, n’est pas nouvelle en nos rangs. Elle est le gage du succès. Ramuntxo Camblong en fut un des pionniers.

Au regard de son engagement pragmatique, pluriel et dans le domaine économique que les abertzale laissent souvent de côté, certains feront la moue. Rappelons que Ramuntxo changea de patrie et s’engagea pour bâtir d’autres rapports sociaux dans l’entreprise. Il fut assez fort pour nouer des compromis, viser à l’essentiel. Il parvint à rassembler des femmes et des hommes venus d’autres horizons. En cela, il est un exemple à suivre pour les abertzale de demain qui ont en charge une tâche exaltante, soulever des montagnes de fatalité et d’immobilisme, se confronter au réel, construire Euskal Herria.

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