Urbanistes vertueux, nouveaux métiers ?

PrintFriendly and PDF
Maryse Cachenaut
Maryse Cachenaut
Paysanne à Itxassou, Présidente de Xapata (producteurs de cerises d'Itxassou), Présidente de Lurrama, Membre de Euskal Herriko Laborantza Ganbara et du syndicat Euskal Herriko Laborarien Batsasuna.
D'autres articles

UrbanismeV

Comment « changer de logiciel » pour construire autrement en préservant la terre agricole ? Cette question ne concerne plus le seul monde agricole. Ainsi le métier d’urbaniste  mesure aujourd’hui ce nouvel enjeu.

Depuis quelques années il existe un nouveau métier, ou plutôt une nouvelle façon d’effectuer certains métiers… Les paysans que nous sommes le savent bien : durant de nombreuses décennies, pour répondre à la demande alimentaire en Europe, les agriculteurs ont été encouragés, voire contraints de produire de gros volumes de produits agricoles, sans doute au détriment de leur qualité gustative ou sanitaire — on se souvient de la période de la « vache folle », liée au scandale des farines animales.

Heureusement, le vent du productivisme à outrance n’a pas gagné au Pays Basque. Les pratiques agricoles néfastes pour la nature et pour les humains s’appuyant sur une consommation excessive de produits phyto-sanitaires de synthèse ou sur une concentration des outils de production entre les mains d’une minorité qui s’accapare les terres et les aides financières, ne sont pas majoritaires chez nous.

Au contraire les paysans sont engagés dans des démarches qualitatives notamment AOP, fondées sur le lien au terroir, au savoir-faire, au respect de l’environnement, tout en ayant une forte dimension gustative.

Bref, nous ne sommes donc pas « perdus » sur le plan de la pratique agricole, et les paysans locaux ont pour la plupart choisi la direction d’une pratique « vertueuse »…

D’autres métiers (presque tous certainement), ont devant eux les mêmes enjeux…

Comment dans nos professions respectives, pouvons-nous au quotidien modifier des pratiques néfastes pour l’environnement, la santé, le bien être… ? Ainsi, il est un métier qui commence à se questionner, c’est celui d’urbaniste : comment « changer de logiciel » pour construire autrement en préservant davantage la terre agricole ?

Pendant des décennies, on a construit en considérant le sol comme une réserve inépuisable, consommable sans modération ! Le modèle de l’étalement urbain, de plus en plus cher et polluant a longtemps été privilégié… et malheureusement, il l’est encore souvent.

La construction de la maison individuelle a la dent dure. Pourtant beaucoup de nos maisons familiales auraient la capacité d’être divisées en deux, voire trois logements nouveaux… ne nécessitant pas l’artificialisation de terres agricoles. De même, les élus qui se trouvent face « aux injonctions contradictoires », (préserver et/ou loger) reproduisent les modèles qui n’ont plus lieu d’être (exemple du projet Bouygues sur le plateau de Marienia à Cambo).

Métier qui évolue

Pourtant l’urbaniste peut et doit aussi faire évoluer son métier. Certains en sont conscients et d’autres se mettent à l’ouvrage ! Citons par exemple Christian Grisot, urbaniste et maître de conférences à l’Université de Nantes, qui évoque une ville plus « résiliente », basée sur un « urbanisme circulaire » : reconstruire l’urbain sur l’urbain, intensifier les usages. Un lieu pourrait en théorie servir plusieurs usages, par exemple une cantine ne pourrait-elle pas être un bureau à certaines heures de la journée ? Les salles de spectacle vides une bonne partie de l’année ne pourraient-elles avoir d’autres usages… ?

Nous nous devons de sortir des modèles du passé, devenir plus imaginatifs et innovants pour relever le défi d’une planète vivable demain. Chaque métier peut y contribuer.

J’en profite pour vous informer que Lurzaindia, qui oeuvre depuis plusieurs années pour la préservation de la terre nourricière, grâce à la Foncière qui acquiert des terres (480 ha au total), vient d’accéder à un nouveau statut. En plus de cette SCA créée en 2013 et de l’association qui sensibilise à la préservation de la terre nourricière, Lurzaindia créé aujourd’hui une fondation, abritée par Terres de Liens, qui peut recevoir des dons et des legs en nature ou en argent. Depuis 2013, on peut devenir actionnaires de Lurzaindia. On peut désormais également être donateurs de la Fondation et profiter d’une défiscalisation de 66 %. Profitez- en avant la fin de l’année, et vous aurez posé un acte de solidarité important.

Un commentaire

  1. Publié le 27/12/2022 à 11:45 | Permalien

    Bonjour Maryse,

    Serait-il possible de se contacter ? J’apprécie votre analyse concernant les défis à relever pour les acteurs du monde de l’habitat, notamment en milieux ruraux. Néanmoins, même quand des porteurs de projet d’innovation sociale originaires du Pays Basque tentent d’expérimenter de nouvelles façons de voir les fermes (transformation en écohabitats sociaux et agricoles), il semble que les acteurs agricoles ne soient pas plus enclin à créer les passerelles nécessaires à la transversalité (ou alors à se les approprier sans une construction collective pertinente pour le territoire). N’hésitez pas à visiter le site de l’association ReNouveau Paysan qui depuis 2016 est en lien avec Lurzaindia. Je vous en dirai plus quant à mon retour d’expériences sur ce sujet et aux défis de « changement de logiciel » qui restent je crois à relever pour tous ! Bonne journée. Linda Rieu

  • Newsletter



  • Soutenez Enbata

    En-kiosque2015-05-FR

    Soutenez Enbata ! A partir de 40€, recevez chaque mois Enbata magazine dans votre boite aux lettres.

    Abonnez-vous / Soutenez-nous

  • Thématiques

  • Mots-clés

  • Vidéos

    video