Vive Napoléon !

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Jean-Louis Davant
Jean-Louis Davant
Enseignant agricole à la retraite, écrivain, membre de l'Académie de la Langue Basque, co-fondateur d'Enbata et d'EHAS.
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Donostia

Siège de Saint Sébastien en 1813

Voici exactement deux siècles, les armées de Napoléon 1er, chassées d’Espagne, refluaient en désordre sur le Labourd et la Basse-Navarre, puis essayaient vainement de stopper l’invasion des troupes britanniques, espagnoles et portugaises commandées par Wellington. Les soldats français, privés d’intendance et de discipline, ayant perdu toute habitude morale dans leur épouvantable traversée d’une guerre particulièrement répugnante, continuèrent de se conduire ici comme en pays conquis, pillant sans retenue pour leurs besoins, ceux des chevaux de l’armée, plus ceux des montures diverses qu’ils avaient saisies en Ibérie pour transporter leur équipement réglementaire et les produits de leurs rapines personnelles.

Leurs animaux de trait, de selle et de bât rasèrent donc les prairies, mais aussi les champs de céréales et de maïs, condamnant à la faim le bétail et les populations indigènes. De plus on utilisa les boiseries (volets, planchers, charpentes) pour faire du feu, l’on vida les maisons, l’on en brûla même un certain nombre, réduisant bien des familles à la misère.

Par contre Wellington maintint dans ses troupes une discipline de fer et paya correctement leur ravitaillement aux habitants. Il apparut donc comme un libérateur à ces malheureuses populations. Sachons cependant que ses troupes venaient de brûler la ville de Saint Sébastien, après l’avoir soumise au viol, au meurtre et au pillage !

Les terribles événements de 1813-1814 ont été racontés par Dominique Halty, natif de Cambo, ancien secrétaire général de la mairie de cette commune, dans l’ouvrage «Episodes des guerres napoléoniennes au Pays Basque» paru en 1980. Le livre vient d’être réédité par les éditions Cairn et Lapurdi 1609.

Ces événements sont commémorés cette année de deux façons différentes, voire opposées, par deux groupes culturels :

  • Les uns tenteront, en uniformes de l’époque, la reconstitution des batailles de la Nivelle, de Hélette et de Garris, autant de défaites pour l’armée française.
  • Les autres, avec l’association “Lapurdi 1609” de Saint Pée sur Nivelle, rappelleront les dégâts et méfaits causés ici par cette guerre.

Plus largement, ne serait-il pas temps de mettre en question le règne absolu de Napoléon 1er dans la pensée historique et la culture politique de la France? Comment accepter encore, au XXIème siècle, une telle idolâtrie, un tel culte rendu à un despote, fût-il éclairé, par l’ Etat et par la société soi-disant les plus démocratiques du monde, qui n’arrêtent pas de faire la leçon à tous les autres? L’Allemagne, l’Italie, La Russie, ainsi que d’autres Etats européens et sud-américains, ont déboulonné leurs tyrans modernes, mais «LA République», universelle par définition, continue d’honorer comme son plus grand homme l’empereur Napoléon 1er, ce tyran boutefeu qui, après avoir saccagé l’Europe de Lisbonne à Moscou, laissa la France plus petite qu’il ne l’avait prise, et de plus exsangue : les guerres de la Révolution et de l’Empire tuèrent un million et demi de garçons et d’hommes jeunes, dans une population française estimée à 25 millions d’habitants!

Certes Napoléon 1er était un génial militaire et un administrateur hors pair, mais au final, qu’a-t-il fait de tous ses talents ? Par appétit démesuré de pouvoir, de conquête et de gloire, il a tout gâché, tout perdu, et çà ne gêne pas les Français ? Mais nous autres Basques, abertzale ou non, cessons enfin de sacrifier à cette idole qui nous a fait tant de tort. Nous n’avons rien à y gagner. La démocratie non plus à mon avis.

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