Desesperate political life

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Les parents de Jean-Marc Abadie, en provenance de la Bigorre, débarquent, avec leurs quatre premiers enfants, au Pays basque au tout début des années soixante. Ayant grandi à Bayonne, c'est par le chant basque qu'il décide de devenir basque et commence à apprendre la langue des autochtones. Militant culturel et politique, il pense que l'écriture est une vraie arme littéraire. Co-fondateur de l'hebdomadaire Ekaitza au milieu des années 80, puis du trimestriel bayonnais Kutzu de 1992 à 2006, il rédige une chronique mensuelle sur Enbata depuis janvier 2012.
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AbbadieC’était en 2010. A un an des cantonales, le bureau d’AB d’alors initiait une démarche visant à officialiser des rencontres avec le PS. Le premier rendez-vous eut lieu dans un resto de l’entrecôte.  Jo Labazée, pas encore président du CG, était un peu fébrile. C’était sans doute la première fois qu’il rencontrait, pour de vrai, des responsables abertzale dans un cadre organisé. D’autres rencontres suivirent avec un groupe plus élargi. On prit le temps de se renifler. C’était déjà énorme après une trentaine d’années d’ignorance mutuelle.

Pourtant, fin 2010, la majorité du bureau d’AB échoue, à quelques voix près lors de l’AG, dans la construction d’une stratégie commune avec EELV pour les cantonales de 2011. Plus tard, fin 2011, ces mêmes abertzale arrivent à engager une démarche plurielle menée par Sauveur Bacho incluant EELV et occitans lors des sénatoriales, avec un accord de second tour avec le PS. En 2012, les législatives au Pays Basque Nord, pour la première fois, donnèrent 51 % à l’ensemble des forces de gauche, abertzale compris.

Dans ce contexte, les élections municipales auraient pu enfoncer partout le clou d’une stratégie tournée vers la “construction, avec d’autres forces, d’une majorité progressiste” comme l’indique Txetx Etcheverry dans son analyse post électorale, constatant que certains dirigeants (du PS) qui n’avaient pas évolué (vers les abertzale) avaient échoué. Cette réflexion de bon sens parait juste si les leaders abertzale, partout, sont eux aussi capables d’instaurer ce rapprochement par des partenariats en amont, avec des forces progressistes non abertzale. Et surtout assumer la cogestion d’une municipalité, même en minorité.

Car aujourd’hui, à Bayonne, les conséquences de ce refus d’alliance, tant du côté du PS local que des abertzale, a totalement figé le mur l’incompréhension entre les peuples des gauches bayonnaises… Le PS local a pensé, comme beaucoup, que la liste abertzale n’atteindrait pas les 10% requis (10,30% au final) et qu’elle ne conclurait aucune alliance de second tour, les voix se répartissant en trois blocs (les deux listes en lice et vote nul-abstention).

Si ces 50 voix qui font la bascule ont évité à Baiona 2014 de sérieux troubles internes, elles ont entraîné la défaite d’une liste amorcée par la section socialiste mais regroupant 40% de non encartés, d’autres forces de gauche dont EELV, plusieurs anciens parents et élèves de l’ikastola, plusieurs parents du bilingue, une liste majoritairement favorable à la collectivité territoriale et opposée aux nouvelles voies LGV.

Oui, mais… Tout s’est focalisé sur son leader, laissant croire que 43 Etcheto composaient la liste. Aussi, aujourd’hui, il serait vain tout autant de vouloir trouver 32 Etchegaray dans la majorité. Les deux premiers grands arbres que sont Jean-René Etchegaray et Martine Bisauta auront du mal à cacher la forêt de la vraie droite française conservatrice et décomplexée, représentée par Durruty, Neys, Arcouet, Ugalde, Millet Barbé, Escapil Inchauspé …

A contrario, le collectif “Bayonne ville ouverte” n’a pas su mettre en exergue cette pluralité à gauche. Quant à une question sur des alliances possibles pour un second tour, sa tête de liste indique que “ce n’est pas le moment du partage des friandises”. Quand on rend publiques les fonctions partagées en cas de victoire sans précaution de langage, on ferme la porte à toute alliance potentielle. Quand on boycotte la langue basque (et gasconne) dans sa profession de foi, on se la joue jacobin. Quand on n’envoie aucun signal aux autres forces de gauche, on s’improvise hégémonique.

Y aura-t-il une vraie prise de conscience collective de ces carences — à commencer par Henri Etcheto lui-même— afin de prendre la mesure de cet échec, à fortiori avec un résultat étriqué à 25 voix près sur les 17.285 votants ?

Alors, dans un contexte général de désaffection de la chose politique, de la montée, à la fois de l’abstention (44% aux municipales et 59% aux européennes à Bayonne) et du Front National (15% sur le BAB), comment créer les conditions d’une vraie alternative à gauche, dans le respect de chaque composante ?

Peut-être avons-nous en tant qu’abertzale notre quote-part de réponses à apporter ?