Maîtriser son avenir

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Dante Edme-Sanjurjo, directeur et cofondateur de l’Eusko.

Précurseur, le mouvement abertzale a inspiré de nombreuses initiatives économiques au service du Pays Basque Nord et de ses habitants, afin de passer d’une situation de dépendance à une dynamique de souveraineté.

“1964 : l’industrie de la chaussure licencie 1 700 ouvriers à Mauléon ; 1965 : c’est la fermeture des Forges du Boucau (1 700 travailleurs) ; 1966 : la chaussure à Mauléon continue ses licenciements (1 170) ; 1967 : trois usines de chaussures ferment leurs portes à Hasparren ; 1968 : outre la MAB, 7 conserveries sur 15 disparaissent à Saint-Jean-de-Luz.” L’historien Manex Goyhenetche dépeint ainsi dans “Pays Basque Nord un peuple colonisé” (Elkar), un Pays Basque Nord des années 1960 et 1970 où le sort de l’industrie, mais aussi de l’agriculture, dépendent de centres de décisions extérieurs. Les usines ferment. Les investissements se tournent vers le tourisme de masse, au détriment de l’économie productive.

Inspiré par les coopératives de Mondragon au Pays Basque Sud, le mouvement abertzale se lance alors dans la création d’entreprises dont les centres de décision et les bénéfices resteraient au Pays Basque. En 1971, Sokoa démarre à Hendaye. Elle compte aujourd’hui plus de 250 salariés. L’association Partzuer est créée en 1974 pour favoriser le développement de coopératives: ce sera Berria, Telecop, Copelec, SEI, Alki, Loreki…

En janvier 1978 se constitue le collectif abertzale Izan, qui crée l’association Hemen en 1979 pour favoriser la création d’emplois et la solidarité entre entreprises du Pays Basque. En 1980, après une campagne de collecte d’épargne, le collectif lance la société d’investissement Herrikoa, qui va investir les fonds collectés dans des entreprises du Pays Basque Nord. Aujourd’hui, Herrikoa compte 5 000 actionnaires, et a investi en 40 ans plus de 17 millions d’euros, permettant de créer ou consolider plus de 3 600 emplois.

Un rôle majeur

Ce mouvement pour la souveraineté économique du Pays Basque Nord va marquer les futures générations de militants, qui vont adopter le territoire d’Iparralde pour cadre de leur pensée et de leur action, par exemple dans l’agriculture (lire Enbata de février 2020). Le combat abertzale autour de Batera pour la reconnaissance institutionnelle va aussi mener à la création de la Communauté d’agglomération Pays Basque en 2017, un outil indispensable pour mener des politiques structurantes dans le domaine économique. Dans les années 2010, c’est sous l’impulsion ou avec la participation du mouvement abertzale que vont naître Lurzaindia dans le domaine agricole, I-Ener et Enargia, outils de souveraineté énergétique, ou encore l’Eusko, porté depuis 2011 par divers acteurs du territoire, militants du développement local, de l’écologie, de la langue basque, de l’agriculture paysanne… dont bon nombre d’abertzale.

Le Pays Basque Nord s’est ainsi doté de sa propre monnaie, symbole de souveraineté, et outil d’un développement endogène permettant l’implication dans un projet pour le Pays Basque de l’ensemble des acteurs économiques de ce territoire, abertzale ou non : entreprises, commerces, associations, collectivités locales, paysans, artisans, professions libérales, etc.

L’abertzalisme a donc joué un rôle majeur dans l’impulsion d’initiatives permettant au Pays Basque Nord de renforcer sa souveraineté économique, alimentaire, énergétique, monétaire. Il a aussi, et peut-être surtout, participé à faire émerger une conscience aujourd’hui largement partagée, que ce territoire doit se doter des outils nécessaires pour maîtriser son avenir.

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