Ici et ailleurs les paysans continuent de disparaître

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Maryse Cachenaut
Maryse Cachenaut
Paysanne à Itxassou, Présidente de Xapata (producteurs de cerises d'Itxassou), Présidente de Lurrama, Membre de Euskal Herriko Laborantza Ganbara et du syndicat Euskal Herriko Laborarien Batsasuna.
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Les PLU, tels que celui présenté par Cambo, ne devraient plus être acceptés au vu de l’enjeu de préservation agricole et de lutte contre le changement climatique. Covid et guerre en Ukraine ont montré la nécessité de relocaliser la production agricole, tandis que la France a perdu 100.000 agriculteurs ces dix dernières années.

Il y a une dizaine de mois Martine Bouchet du CADE évoquait dans Enbata les terres du plateau de Marienia, à la sortie de Cambo en direction d’Itxassou, terres d’une forte potentialité agricole, rendues constructibles.

La logique comptable sur le papier s’est imposée : le PLU affichait plus de terres agricoles que le PLU précédent. On ne répétera jamais assez que ce beau résultat est en partie obtenu du fait du reclassement de petites parcelles de terres en centre-ville et de lotissement re-classées en agricole. Il est pourtant bien évident que les agriculteurs ne pourront pas faire usage de ces terres en centre-ville, classées en agricole pour gonfler la surface agricole sur le papier. Il s’agit donc bien d’une manoeuvre qui aura permis de “libérer” de la surface artificialisable et donc de rendre constructibles les terres du plateau de Marienia.

Et pourtant, ce qui est évident pour beaucoup, et surtout pour n’importe quel paysan, évident aussi pour n’importe quel expert agricole quelque soit sa sensibilité syndicale, ne l’a pas été pour les élus de la CAPB, ni pour le tribunal administratif en première instance.

L’évidence de l’intérêt agricole s’impose avec un tel réalisme lorsque l’on est sur place que nous ne devrions même pas avoir à le prouver : nous sommes face à des terres plates, labourables, donc faciles à travailler et offrant des possibilités de bons rendements en culture comme en prairies, d’accès facile, dans une zone où coexistent trois AOP (piment d’Espelette, Kintoa, Ossau Iraty), une zone où l’on pourrait pratiquer de l’élevage, comme du maraîchage ou de l’arboriculture, bref, le potentiel productif est large.

Mais voilà, ce qui évident est nié par la CAPB qui a approuvé le PLU de Cambo, puis par ses avocats au tribunal. La rapporteuse au tribunal, quant à elle, nous explique qu’on ne peut construire sur des pentes et donc on est obligé de construire sur du plat… évidemment ! Il est important sans doute que nous rappelions que nous ne sommes pas hostiles à la production de logements, notamment sociaux, mais il apparaît que d’autres zones plus proches du centre-ville auraient été plus adaptées que le plateau de Marienia excentré.

Pour les paysans que nous sommes, soucieux de la préservation de la terre agricole, le constat est dur ; nos arguments n’ont pas été entendus, ou du moins n’ont pas été pris en compte ; que doit-on conclure du vote de la CAPB en 2019, puis du premier jugement du tribunal administratif en 2022 qui rejette les recours du CADE, Nahi dugun Herria et LURZAINDIA ?

Ignorance, mauvaise foi, ou pire, indifférence au sort de l’agriculture et aux enjeux de préservation de la terre nourricière, priorité aux intérêts privés des propriétaires vendeurs ? Et enfin, mépris face à la mobilisation citoyenne ?

Les PLU, tels que celui présenté par Cambo, ne devraient plus être acceptés au vu de l’enjeu de préservation agricole et de lutte contre le changement climatique et on aurait dû faire “revoir la copie”.

Quoiqu’il en soit, il sera fait appel du jugement.

Covid et guerre en Ukraine ont bien montré la nécessité de relocaliser la production agricole, tandis que les résultats du recensement général agricole effectué en France en 2020 (et dont les résultats sont diffusés maintenant), nous apprennent que la France a perdu 100.000 agriculteurs ces dix dernières années. Les politiques publiques depuis 50 ans n’enrayent pas la baisse du nombre d’agriculteurs : les plus petits paysans (de moins de 20 ha) sont ceux qui disparaissent le plus, les plus gros étant maintenus par la perfusion de subventions européennes (dans la logique qui prévaut depuis longtemps en agriculture : plus on a de surfaces, plus on touche de subventions).

Nous avons besoin de politiques publiques soutenant les petits paysans, en agriculture paysanne, de lois foncières protégeant davantage la terre agricole, si nous voulons changer le sens des courbes allant dans le même sens depuis 50 ans.

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