Logement au Pays Basque : vérités et possibilités

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AldayHemendik

Hartzea Lopez Arana – membre du réseau OSTIA

Durant les sept jours et six nuits d’occupation devant les résidences des Hauts de la Chambre d’Amour à Anglet, le promoteur Robert Alday, sollicité par plusieurs journalistes, était aux abonnés absents. C’est bien joué : lorsque vous êtes un dirigeant et que des opposants viennent sous vos fenêtres, ne rien dire est le premier de vos boucliers. On feint l’indifférence en attendant qu’ils se cassent, pour éviter le piège tendu et dévaloriser, mépriser. C’est ce qu’a tenté le maire Claude Olive les premiers jours pour finir par descendre dans le ruedo, acculé par notre collectif. C’est alors le deuxième paravent : déclarations redondantes sur le bien fondé de sa politique et ses limites (avec grosse tentative de dédouanement), focus sur les façons de procéder non républicaines de l’adversaire. Un classique. Puis, à nouveau, séquence silence.

Lorsque, en 2013, nous avions occupé une maison abandonnée d’un bailleur social dans le quartier Plantoun à Bayonne, autre attitude. D’entrée, intimidation : envoi de serruriers, d’huissiers et de policiers, coupure d’électricité, plaintes au tribunal. Avec explications tout de même : sortez immédiatement d’ici, vous n’êtes que des profiteurs illégitimes. La menace du bâton restant lettre morte, on nous avait ensuite agité la carotte avec invitation au deal. Le maire Jean Grenet nous proposa un relogement rapide dans l’un des logements sociaux réservés à la ville, en échange de notre départ. Acheter pour faire taire, encore un classique.

Quelles que soient les façons de s’y prendre, il y a le principe de réalité. C’est la minorité agissante qui finit par se retrouver, tôt ou tard, sur le banc des accusés, et la situation locale du logement et du foncier n’y échappe pas. Lorsque, étant seul ou presque dans vos choix, l’on vous met de plus en plus de pression, arrivent les emmerdements et les premiers revers. C’est ce scénario qui se profile lentement un peu partout, grâce au travail d’un tas de gens en faveur d’autres politiques, du fait de l’égoïsme et de la tricherie des responsables visés. Nous avons atteint quelques objectifs, ce n’est qu’un début. C’est là que nous avons la capacité d’enclencher la seconde, pour commencer à inverser ou du moins stopper la tendance. Et c’est là que l’on pourrait, concernant le mouvement d’occupation et au vu de la réussite de l’action de la semaine dernière, activer une nouvelle phase : construire des initiatives solides pour occuper mieux et plus.

Il y a eu Arbona, Hazparne pour le gaztetxe, Donamartiri contre la 5G, maintenant Angelu, à chaque fois de belles expériences avec des sorties par le haut. Sans compter les nombreuses occupations d’une journée, tout aussi efficaces. On relève d’un cran ? Que pourrait t-il bien se produire si nous installions, à plein, du matériel de campement résistant et confortable sur des emplacements destinés à des projets de béton ? Si nous rentrions dans leurs bureaux et logements avec encore plus de punch et de créativité ? Occuper quoi, combien de temps et pour quelle obtention, quelles façons d’agir et de réagir, de la bonne matière à débattre, partager et décider.

Avec cet objectif principal : pourra-t-on demain stopper des projets de Bouygues, Rey, Mindurry et autres Alday, ce par une simple annonce et, si ce n’est suffisant, en prenant le terrain affecté de manière populaire, déterminée, festive ? Ce serait dommage de s’en priver. Suppositions : la préfecture osera t-elle mobiliser sa force, maintenir sur place une escouade pendant toute la durée du chantier, le tout pour aller sauver des intérêts privés face à un pays les pieds sur terre, en colère ? Verra t-on des dizaines, pourquoi pas des centaines de personnes défiler au commissariat, au tribunal de Bayonne pour entrave à projet nuisible ? Bon courage. Allez, on s’y met toutes et tous sans tarder ?

Pendant ce temps, agents immobiliers, notaires, courtiers, entrepreneurs en bâtiment et autres rugbymen poursuivent leurs affaires. Alday, lui, fait bâtir des résidences appelées « programme luxueux » ou « haut de gamme » avec du matériel cheap. Lorsque nous campions devant les Hauts de la Chambre d’Amour, une architecte venue nous épauler s’en était aperçue au premier coup d’œil : parpaings, zinc, panneaux en PVC, un brin d’architecture style Basque. Même topo pour les futures Villas du golf rue de Hourticq (là ou nous avons démonté les panneaux publicitaires), à en croire leurs visuels. Deux nouvelles demeures de prévues, après y avoir rasé une maison habitable et des arbres, en attente de vente à prix d’or. Doublement scandaleux et d’ailleurs merci, Claude Olive, vous qui parliez de Robert Alday comme d’une exception. Allez donc voir sur son site web et comptez le nombre de réalisations, programmes en cours et bureaux de cet artisan de la finance, rien qu’à Anglet. Triplement affligeant.

C’est drôle, il y a comme de l’orage dans l’air !

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