Un sillon

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Peio Etcheverry-Ainchart
Peio Etcheverry-Ainchart
Historien de formation et éditeur de profession; membre d'Abertzaleen Batasuna et conseiller municipal abertzale à Saint-Jean-de-Luz.
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Législatives

Le scrutin des législatives présente une configuration inédite qui pourrait profiter au vote abertzale, mouvement marqué par sa constance et sa progression.

Après les élections présidentielles, ce mois de juin charrie les “traditionnelles” élections législatives. Un scrutin marqué par une configuration nouvelle — on ne saura qu’avec le recul dans quelle mesure elle pourra même être considérée comme historique— en germe depuis quelques années à peine et qui me paraît par contraste mettre en valeur la continuité du mouvement abertzale.

Façon puzzle

J’ose le terme de configuration quasi historique en regardant en arrière la plus que bi-séculaire structuration politique en France.

Celle-ci, née ou en tout cas mise au jour dans le contexte de la Révolution de 1789 puis celui du lent enracinement de la République, a quasiment toujours connu une bi-polarisation relativement claire entre droite et gauche.

Toutes deux à mettre d’ailleurs au pluriel, ainsi que le souligna par exemple René Rémond dans son étude classique sur les droites françaises. Toutes deux à considérer également comme des blocs en mouvement et en constante recomposition interne, parcourues qu’elles furent toujours par divers courants.

Toutes deux enfin à éviter d’appréhender avec nos yeux d’aujourd’hui, tant les curseurs de définition ont changé avec le temps et au fil des nouvelles questions sociétales, économiques, politiques ou religieuses autour desquelles elles eurent à se positionner.

Un député classé à gauche dans l’Assemblée législative de 1791 ou même vers 1880 se trouverait assez surpris d’être considéré dans le même courant historique que LFI ou le NPA d’aujourd’hui !

De même à droite.  Mais tout de même, bipolarisation il y a toujours eu. Même l’existence d’une sorte de marais centriste, parfois massif à l’instar du radicalisme de la troisième République ou de la Démocratie chrétienne de la quatrième, ne remit pas cela en cause dans la mesure où il eut plus souvent tendance à osciller entre droite et gauche dans la recherche de majorités qu’à imposer une voie propre.

On aurait d’ailleurs du mal à considérer aujourd’hui que le centre est ailleurs qu’à droite…

A minima, nouvelle est donc la configuration actuelle, née de l’extraordinaire tour de passe- passe d’Emmanuel Macron en 2017.

Personnellement, je ne crois absolument pas que les cultures politiques de gauche et de droite aient disparu – je l’espère encore moins –, mais force est de constater que ce tour de force a laminé les représentations partisanes de ces deux blocs traditionnels. Incapables de se redéfinir, affaiblies aussi par les défections de nombre de leurs cadres les plus opportunistes, les deux principales forces de ces blocs que représentaient le PS et LR ont explosé “façon puzzle”, d’une part vers leurs extrêmes respectifs, d’une autre part vers cette République en marche aux contours idéologiques assez flous pour être fédérateurs, et dans une dernière part vers une désaffection pure et simple pour l’adhésion partisane, nid de l’abstention électorale.

Corollaire de cet événement, le phénomène du vote dit “utile”, en entraînant dans ce même naufrage toutes les autres forces de l’échiquier classique (trotskystes, verts, communistes…), représente un drame pour la pluralité démocratique.

Dans quelle mesure la NUPES représente-t-elle une amorce de recomposition à gauche, ou juste un attelage de circonstance ? Quelle bouée de sauvetage trouvera la droite ? L’OVNI politique LREM, qui n’a que cinq ans, sera-t-il durable ? Et au-delà de cette espèce de nouveau tripartisme, tant d’autres inconnues encore…

Enseignements prématurés

Tout cela est trop récent pour que l’on s’aventure à spéculer sur l’avenir. La nouveauté ne date même pas du seul moment-clé de 2017. Songeons que cette année-là, la déconfiture de la gauche était déjà patente mais la droite paraissait encore en forme : François Fillon était tout de même sorti à 19,94% du premier tour des présidentielles; au Pays Basque, si elle put sortir déçue des législatives suivantes, sur la sixième circonscription, Maider Arostéguy était à plus de 15% et en chemin vers une victoire municipale à Biarritz trois ans plus tard, une parmi les autres succès municipaux de cette droite régnant toujours largement au Pays Basque nord. Sans parler des bonnes départementales l’an dernier encore. Qu’en sera-t-il cette année, après la claque inattendue prise par Valérie Pécresse, ses scores effarants même dans les bastions républicains du Pays Basque et une précampagne nationale aux allures de sauve-qui-peut ? À vrai dire, personnellement, la santé de LR comme celle de beaucoup d’autres forces politiques hexagonales m’importe peu, j’y vois plutôt les opportunités qu’elle offre à notre propre courant abertzale.

Prime à la constance ?

À observer le désastreux panorama politique français, il me semble qu’il serait légitime que l’effet de contraste joue en faveur d’EHBai. Car, pendant que la NUPES échafaude un ersatz de programme commun de la gauche et se déchire sur les investitures à l’ombre écrasante de Jean-Luc Mélenchon, pendant que LR se prépare tant bien que mal à une déculottée quasi annoncée par la trahison en rase campagne du président de son propre groupe parlementaire, pendant que LREM laisse déjà bruisser le son caractéristique des premières guerres intestines de succession, le mouvement abertzale, lui, suit sereinement son chemin. Perçu avec condescendance pendant des années, il est devenu la principale force d’opposition de gauche au Pays Basque, et souvent désormais force municipale majoritaire. Ses thématiques sont aujourd’hui au centre de l’actualité, certaines de ses propres propositions sont même sans vergogne récupérées par les député.es sortant.es ! Personne ne s’y dispute les places ou les candidatures, l’obsession est au projet, à l’écoute d’un territoire et de sa population, dans une constance qui tranche avec les chicaneries ambiantes. Seule me semble dominer l’image d’un sillon, patiemment tracé depuis des décennies et aujourd’hui creusé par six candidat. es prêts à la bataille et qui me confirment dans cette conviction : les 12 et 19 juin, voter abertzale !

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