La terre nourricière

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Maryse Cachenaut
Maryse Cachenaut
Paysanne à Itxassou, Présidente de Xapata (producteurs de cerises d'Itxassou), Présidente de Lurrama, Membre de Euskal Herriko Laborantza Ganbara et du syndicat Euskal Herriko Laborarien Batsasuna.
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LurzaindiaAu Pays Basque on aime bien se démarquer des territoires environnants. Le GFAM, groupement foncier agricole créé pour acquérir collectivement du foncier agricole a cédé la place à Lurzaindia Ainsi, grâce à l’épargne populaire, la terre nourricière devient un bien collectif. Voici les raisons de cette mobilisation singulière.

Résistance, préservation, volontarisme, construction, collectif, audace, innovation, sont parmi d’autres, des mots qui s’accommodent bien au Pays Basque.

Les paysans, dans leur domaine, y contribuent depuis quelques décennies : création du syndicat ELB en 1982, qui va accueillir ce mois d’avril à Garazi, le Congrès National de la Confédération Paysanne auquel il adhère.

D’autres vont suivre avec notamment la création de l’AFOG (association pour la formation et la gestion), celle de l’association des producteurs fermiers et de la marque Idoki, celle de l’agriculture biologique avec BLE, puis en 2005 d’Euskal Herriko Laborantza Ganbara, plusieurs coopératives…

Ces structures créées par les paysans en fonction de leurs besoins ont en commun la volonté d’accompagner, chacune dans leur domaine de compétences, le monde paysan à se maintenir sur des exploitations à taille humaine, à les aider vers plus d’autonomie, à soutenir leurs efforts pour produire des aliments sains et bons.

Il est certain aussi qu’elles ont contribué à la création d’emplois directs ou plus largement dans le secteur agro-alimentaire. En somme, elles participent tout simplement au maintien d’un tissu rural vivant.

Outil juridique moderne

Une des plus anciennes initiatives reste cependant le GFAM (groupement foncier agricole mutuel) Lurra, crée en 1979 pour acquérir collectivement du foncier agricole.

Résistance, préservation, volontarisme, construction, collectif, audace, innovation, étaient probablement dans l’esprit de ceux qui ont porté cette initiative à l’époque. Et c’est ainsi que le GFA s’est transformé en SCA (société à commandite par actions) Lurzaindia en 2013, outil juridique moderne lui permettant de gagner en efficacité.

Lurzaindia compte déjà un bon nombre d’interventions à son actif. L’organisme pour la préservation du foncier agricole contribue à lutter contre les prix spéculatifs, mais agit aussi par l’acquisition de terres qu’il met à disposition de paysans, par des baux à long terme. A ce jour, Lurzaindia est donc propriétaire de 308 hectares de terre agricole répartis sur 17 exploitations et 26 fermiers au Pays Basque.

Face à l’enjeu majeur de la préservation du foncier agricole (nous perdons près de 1.000 ha de terres agricoles par an), face à l’urgence, il ne s’agit pas de devenir fataliste et plier l’échine, mais de mettre les bouchées doubles!

Face à l’enjeu majeur de la préservation du foncier agricole
(nous perdons près de 1.000 ha de terres agricoles par an),
face à l’urgence, il ne s’agit pas de devenir fataliste et plier l’échine,
mais de mettre les bouchées doubles.

C’est donc, tout le réseau qui s’est mobilisé, main dans la main : en effet, Lurzaindia estaujourd’hui une structure gérée collectivement entre paysans (Euskal Herriko Laborantza Ganbara, syndicat ELB, fédération
Arrapitz) et citoyens consommateurs de l’Inter-Amap.

Agir concrètement et efficacement en mutualisant nos forces, ça fonctionne. En 2015, Lurzaindia lance une campagne pour mobiliser ses actionnaires afin qu’ils renforcent ou renouvellent leur soutien, mais également sensibiliser le grand public, pour que de nouveaux actionnaires solidaires la rejoignent et lui confient leur épargne, pour financer deux nouvelles acquisitions en Soule.

Lurzaindia est un outil innovant d’épargne solidaire qui agit de façon pérenne pour l’agriculture et l’économie du Pays Basque.

Il est aussi porteur d’espoir, et ce n’est pas peu.