Jean-Marc Abadie

Jean-Marc Abadie

Les parents de Jean-Marc Abadie, en provenance de la Bigorre, débarquent, avec leurs quatre premiers enfants, au Pays basque au tout début des années soixante. Ayant grandi à Bayonne, c'est par le chant basque qu'il décide de devenir basque et commence à apprendre la langue des autochtones. Militant culturel et politique, il pense que l'écriture est une vraie arme littéraire. Co-fondateur de l'hebdomadaire Ekaitza au milieu des années 80, puis du trimestriel bayonnais Kutzu de 1992 à 2006, il rédige une chronique mensuelle sur Enbata depuis janvier 2012.

L’empire d’essence (III)

« "Moi, je suis fait pour les tempêtes", se rengorgeait Jupiter en octobre 2017. Tout en verticalité, il surfait encore au sommet d'une bonne vague. C'était l'époque où beaucoup de gens disaient qu'il "marchait sur l'eau ". Pas de danger, mer calme à peu agitée, nul écueil majeur à redouter à l'horizon, opposition toujours dans les tréfonds… Sans vent contraire, une mer idéale pour "maintenir le cap", et plutôt à tribord, c'est à dire à droite, le cap. Sauf que, (…) c'est souvent quand on ne l'attend pas que surgit l'avarie. (…) Sauf que, patatras ! C'est juste là qu'à éclaté l'affaire Benalla. (…) » (Édito des dossiers du Canard enchaîné)

C'est que le journal satirique, malgré son jacobinisme indécrottable, n'a pas son pareil, métaphores maritimes aidantes, pour sérier l'écume des flots sociétaux français. (...)


L’empire d’essence (2)

Cela a très mal commencé. Le choix de la couleur, d’abord. Celle du Ricard — poufferont les railleurs— mais aussi de cette maudite étoile. Et de ce terme moqueur à l’endroit des ouvriers qui ne participent pas aux mouvements de solidarité et/ou de grèves dont ils seraient pourtant potentiellement bénéficiaires en cas de succès d’une lutte.

A la décharge des initiateurs du mouvement des gilets jaunes, il faut dire que tout le monde est détenteur de cet apparat intimement lié à la voiture. La tenue est à la fois accessible et reconnaissable. D’autant qu’elle peut aussi faire référence aux salariés des travaux publics. Elle est donc aussi marquée du sceau des travailleurs confrontés à de dures conditions d’exercice de leur métier. (...)


L’empire d’essence

Question posée à la fin du siècle dernier : “Que ferez vous quand le litre d’essence passera à 5 francs ? Réponse : Je m’en fiche, je mets toujours 100 francs. Et pas plus.” Au delà du gag, on voit bien qu’après les bonnets rouges, le mouvement des gilets jaunes met au centre des préoccupations la question des déplacements. Et au dessus de tout : la sacro-sainte bagnole.

Parce que tout est parti de l’augmentation récente du prix du carburant, et surtout du diesel. Car à la progression du coût du baril de pétrole est venue s’ajouter la réévaluation de la taxe carbone -la contribution Climat Energie- qui a été instaurée en 2015 par la loi sur la transition énergétique. (...)


Nouvelle-Calédonie ou Kanaky ?

Peuplé depuis trois ou quatre millénaires par des populations mélanésiennes, ce petit univers insulaire perdu au milieu du Pacifique entre dans le viseur des Européens à la fin du XVIIIe siècle. James Cook, le grand navigateur britannique, est le premier à apercevoir ces terres qu’il baptise “New Caledonia” parce qu’elles lui rappellent l’Écosse, dont c’est l’ancien nom. En 1853, les Français en prennent possession. Paris entend faire de cette nouvelle conquête une colonie de peuplement, comme l’ont fait les Anglais en Amérique, en Nouvelle-Zélande, en Australie et surtout comme le général Bugeaud est en train de le faire en Algérie.

Il y a 30 ans, le 6 novembre 1988, les citoyens français entérinaient à 80% des voix —et 37 % de participation— les Accords de Matignon qui donnaient un nouveau statut transitoire sur une période de 10 ans dans le cadre d’un référendum sur l’autodétermination de cet archipel situé à 22 heures de vol et 18 000 km de la mère patrie. (...)


Les yeux dans les yeux

Samedi 1er septembre à 15 heures : 70 à 80 personnes se rassemblent place de la République à Bayonne. Un collectif des habitants de St Esprit avait fait un appel à dénoncer une situation suite à événement survenu le dimanche précédent : un patron d'un restaurant de la rue Ste Catherine avait reçu un coup de couteau d'un jeune mineur résident dans le quartier.

Cet acte survient après un certain nombre d'incivilités et autres actes de délinquance constatés sur la voie publique : des vols, du trafic, des insultes, du bruit… (...)


Onéléchampions (1)

Karl Marx, s’il revenait parmi nous, devrait revoir sa maxime. Il y a belle lurette que la religion n’est plus l’opium du peuple. Les dictateurs de tous poils, de Franco à ses collègues d’Amérique du Sud portés au pouvoir par la CIA, ont largement détrôné les romains —pas si fous que çà— et leur fameuse devise à l’endroit du peuple “Du pain et des jeux” (Panem et circenses).

Sous couvert de “communion collective”, on invite l’humain à s’extasier devant des jeunes footeux millionnaires. (...)


Vive les “ferias” !

Je me souviens des jours anciens et je pleure… Surtout, quand je me remémore, les premiers jours d’août, nos escapades du quartier bayonnais de Saint- Etienne, descendant la rue Maubec, xahakoa en bandoulière (tantôt avec force Castelvin —le seul vin sans raisin— ou Jopalor —le seul vin qui endort—) et tenue de bleu de travail, pour regagner Bayonne et ses fêtes.

Enfin, la rive gauche ! Ben, oui, c’était mieux avant ! Forcement, on était dans la force de l’âge ! Immortels et libres comme le vent ! En ces temps giscardiens, mais néanmoins post soixante huitard, la société française se décoinçait. A l’instar de la cité du jambon. (...)


Ongi etorri !

Alors que le délinquant financier Cahuzac échappe à la prison par une peine globale toute timorée vis-à-vis des faits de fraude fiscale et blanchiment, quatre militants syndicalistes d’Air France, dont un avait été relaxé en première instance, ont été condamnés en appel le 23 mai pour violences (deux chemises déchirées) à des peines de trois à quatre mois de prison avec sursis.

Çà fait cher la chemise ! Les cheminots, eux, cheminent dans une grève perlée face au mur intransigeant de ce gouvernement vraiment bien installé à droite. Et c’est assurément au pied de ce mur qu’on voit le Macron ! (...)


Se retourner… pour aller de l’avant

Çà y est ! Je l'ai enfin trouvé mon nègre ! Au forum sur l'immigration (sic!) qui s'est tenu cette fin avril à Bayonne et organisé par Atherbea, Bizi!, Solidarité-Migrants et Etorkinekin.

Parmi tous les témoignages de qualité, un, d'entrée de jeu, aura retenu l'attention. Celui d'Antton Curutcharry, professeur d'Histoire et maire adjoint à Baigorri. Il a gentiment accepté que j'en tire ces quelques extraits. Vous pouvez consulter l'ensemble de son intervention “Histoire locale des migrations” sur le site enbata.info. (...)