Jean-Marc Abadie

Jean-Marc Abadie

Les parents de Jean-Marc Abadie, en provenance de la Bigorre, débarquent, avec leurs quatre premiers enfants, au Pays basque au tout début des années soixante. Ayant grandi à Bayonne, c'est par le chant basque qu'il décide de devenir basque et commence à apprendre la langue des autochtones. Militant culturel et politique, il pense que l'écriture est une vraie arme littéraire. Co-fondateur de l'hebdomadaire Ekaitza au milieu des années 80, puis du trimestriel bayonnais Kutzu de 1992 à 2006, il rédige une chronique mensuelle sur Enbata depuis janvier 2012.

Trêves de comptoir

Josette employée à l’office de tourisme de Biarritz et Beñat, ASH à l’hôpital de Bayonne, devisent entre cousins. Josette : Alors Beñat, quoi de neuf à l’hôpital ?

Beñat : Bof, l’hôpital se fout toujours autant de la charité que du service public. Les femmes qui restent moins de 48h après leur accouchement… Les vieux qu’on ne lève plus et qu’on ne douche qu’une fois par semaine voire par quinzaine, pas par absence de coeur et de conscience professionnelle mais par manque de bras et de jambes de soignants de la gériatrie… Une direction qui fait du zèle uniquement pour appliquer les directives hexagonales, le doigt sur la couture… C’est vraiment pas la joie ! Et toi à l’office du tourisme ? (...)


Circonvolutions en Abertzalie

Quand on tape sur le moteur de recherche le mot “Abertzale”, la définition de Wikipedia nous apparaît immédiatement : le terme abertzale en basque signifie “amant de la patrie”, “patriote” ou “partisan de la patrie”. Il provient de la fusion du terme aberri avec le suffixe - zale.

Le problème avec les traductions, c’est qu’elles dénaturent souvent la pensée de la langue originelle. Et puis, une partie de notre génération —avec notre construction catho/gaucho/puis écolo empreinte pour certain.e.s d’un zeste d’idéal libertaire, frustré.e.s de ne point avoir vécu Mai 68— a du mal avec le concept de “patrie”. (...)


Ho, lady mairie !

Coluche n’y allait pas par quatre chemins pour ferrailler contre le système politique et celles et ceux qui le portaient. Il a pourtant failli se présenter aux érections pestilentielles —comme il aimait le dire— de 1981. En tant que fou du roi, que n’aurait-il raillé aujourd’hui parmi les sujets Macron, gilets jaunes, Mélen(chi)chon, Dupond Gnangnan et la bande brune à Le Pen ?

Depuis le big bang électoral de 2017, avec l’implosion du PS et de LR, la recomposition le dispute à la décomposition. (...)


L’empire d’essence (III)

« "Moi, je suis fait pour les tempêtes", se rengorgeait Jupiter en octobre 2017. Tout en verticalité, il surfait encore au sommet d'une bonne vague. C'était l'époque où beaucoup de gens disaient qu'il "marchait sur l'eau ". Pas de danger, mer calme à peu agitée, nul écueil majeur à redouter à l'horizon, opposition toujours dans les tréfonds… Sans vent contraire, une mer idéale pour "maintenir le cap", et plutôt à tribord, c'est à dire à droite, le cap. Sauf que, (…) c'est souvent quand on ne l'attend pas que surgit l'avarie. (…) Sauf que, patatras ! C'est juste là qu'à éclaté l'affaire Benalla. (…) » (Édito des dossiers du Canard enchaîné)

C'est que le journal satirique, malgré son jacobinisme indécrottable, n'a pas son pareil, métaphores maritimes aidantes, pour sérier l'écume des flots sociétaux français. (...)


L’empire d’essence (2)

Cela a très mal commencé. Le choix de la couleur, d’abord. Celle du Ricard — poufferont les railleurs— mais aussi de cette maudite étoile. Et de ce terme moqueur à l’endroit des ouvriers qui ne participent pas aux mouvements de solidarité et/ou de grèves dont ils seraient pourtant potentiellement bénéficiaires en cas de succès d’une lutte.

A la décharge des initiateurs du mouvement des gilets jaunes, il faut dire que tout le monde est détenteur de cet apparat intimement lié à la voiture. La tenue est à la fois accessible et reconnaissable. D’autant qu’elle peut aussi faire référence aux salariés des travaux publics. Elle est donc aussi marquée du sceau des travailleurs confrontés à de dures conditions d’exercice de leur métier. (...)


L’empire d’essence

Question posée à la fin du siècle dernier : “Que ferez vous quand le litre d’essence passera à 5 francs ? Réponse : Je m’en fiche, je mets toujours 100 francs. Et pas plus.” Au delà du gag, on voit bien qu’après les bonnets rouges, le mouvement des gilets jaunes met au centre des préoccupations la question des déplacements. Et au dessus de tout : la sacro-sainte bagnole.

Parce que tout est parti de l’augmentation récente du prix du carburant, et surtout du diesel. Car à la progression du coût du baril de pétrole est venue s’ajouter la réévaluation de la taxe carbone -la contribution Climat Energie- qui a été instaurée en 2015 par la loi sur la transition énergétique. (...)


Nouvelle-Calédonie ou Kanaky ?

Peuplé depuis trois ou quatre millénaires par des populations mélanésiennes, ce petit univers insulaire perdu au milieu du Pacifique entre dans le viseur des Européens à la fin du XVIIIe siècle. James Cook, le grand navigateur britannique, est le premier à apercevoir ces terres qu’il baptise “New Caledonia” parce qu’elles lui rappellent l’Écosse, dont c’est l’ancien nom. En 1853, les Français en prennent possession. Paris entend faire de cette nouvelle conquête une colonie de peuplement, comme l’ont fait les Anglais en Amérique, en Nouvelle-Zélande, en Australie et surtout comme le général Bugeaud est en train de le faire en Algérie.

Il y a 30 ans, le 6 novembre 1988, les citoyens français entérinaient à 80% des voix —et 37 % de participation— les Accords de Matignon qui donnaient un nouveau statut transitoire sur une période de 10 ans dans le cadre d’un référendum sur l’autodétermination de cet archipel situé à 22 heures de vol et 18 000 km de la mère patrie. (...)


Les yeux dans les yeux

Samedi 1er septembre à 15 heures : 70 à 80 personnes se rassemblent place de la République à Bayonne. Un collectif des habitants de St Esprit avait fait un appel à dénoncer une situation suite à événement survenu le dimanche précédent : un patron d'un restaurant de la rue Ste Catherine avait reçu un coup de couteau d'un jeune mineur résident dans le quartier.

Cet acte survient après un certain nombre d'incivilités et autres actes de délinquance constatés sur la voie publique : des vols, du trafic, des insultes, du bruit… (...)


Onéléchampions (1)

Karl Marx, s’il revenait parmi nous, devrait revoir sa maxime. Il y a belle lurette que la religion n’est plus l’opium du peuple. Les dictateurs de tous poils, de Franco à ses collègues d’Amérique du Sud portés au pouvoir par la CIA, ont largement détrôné les romains —pas si fous que çà— et leur fameuse devise à l’endroit du peuple “Du pain et des jeux” (Panem et circenses).

Sous couvert de “communion collective”, on invite l’humain à s’extasier devant des jeunes footeux millionnaires. (...)